On sent bien qu’il y a anguille sous roche dans ce roman d’Yvon Ollivier. Que « La petite de Ferruch » n’a pas pour seul décor la guerre d’Algérie.
Il faut dire que, d’entrée, le personnage principal se défausse et rejette toute responsabilité : « Puisque tu m’as demandé d’écrire mon histoire… ». Un peu comme Bardamu dans « Voyage au bout de la nuit », tout n’est pas de la faute de Mohamed Garcia, chercheur enseignant en sociologie à l’Université de Bretagne Occidentale de Brest. C’est pourtant lui qui tire le fil de son histoire… sans en être l’incarnation volontaire. En clair, sous prétexte d’un mémoire sur la torture pendant la guerre d’Algérie, il interviewe un certain nombre d’anciens soldats et particulièrement Jean Floc’h, qui depuis a repris la ferme de ses parents à Kerjégu au cœur de la campagne bretonne.
On sent bien que sa quête n’est pas seulement scientifique. Les débriefs quotidiens de son enquête à sa mère chez qui il vit encore, montre autre chose. Au fil des pages, la guerre d’Algérie s’efface pour laisser place à une toute autre violence : le viol. C’est en ça que « La petite de Ferruch » nous tient en haleine, par ce désordre psychologique qui suinte de pages en pages. Jusqu’à traiter de la maltraitance des enfants, du métissage, etc.
Flirtant avec une véritable enquête policière, le nouveau roman d’Yvon Ollivier place les relations humaines entre désordre et ressort indispensable à un certain équilibre personnel. Le détachement et la démarche de Mohamed aide à supporter l’inconcevable. Car quelles que soient les guerres, l’indicible est toujours au rendez-vous.
Hervé DEVALLAN
« La petite de Ferruch » de Yvon Ollivier aux éditions Complicités – 166 pages – 19€












