La Bretagne est-elle le nouvel eldorado migratoire ? Après Callac, un centre d’hébergement est prévu ouvrir à Bruz, Ille-et-Vilaine, afin d’accueillir les sans-abris d’Île-de-France. De nombreux élus Bretons s’inquiètent des méthodes jacobines utilisées par Paris afin de soumettre la province aux choix impérieux du gouvernement.

Depuis le début de l’année, l’État multiplie les structures d’accueil dans les régions ; le but implicite est un désengorgement migratoire de Paris intra-muros et de l’Île-de-France où convergent 50 % des flux humains illicites du pays. Le gouvernement vient d’adresser une circulaire aux préfets, dans laquelle Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, et Olivier Klein, ministre du Logement, imposent la création de nouveaux « sas d’accueil temporaire régionaux » afin de simplifier le transfère mensuel d’environ 2.000 SDF Parisiens et Franciliens vers la province. Les élus Bretons concernés s’inquiètent des méthodes radicales de leur préfecture.

Poussière sous le tapis

Emmanuel Macron souhaite faire « place nette » pour les Jeux Olympiques de 2024 : pas d’immigration illégale et moins encore de pauvreté visible à Paris durant cette période. La capitale française doit faire rêver. Toutes les solutions sont envisageables pour dissimuler l’échec d’une politique migratoire en faillite, y compris celle de la poussière sous le tapis. Afin de répartir les indésirables, plusieurs critères ont été mis en place. En premier lieu, les capacités d’hébergement de chaque région, puis leur taux de chômage respectif ainsi que leur produit intérieur brut ; trois facteurs auxquels s’ajoutent la situation personnelle et les besoins de chaque migrant ; enfin, la destination choisie pour les envoyer dans tel endroit plutôt qu’un autre. relèvera d’un algorithme informatique dont l’ensemble des règles de calcul n’a pas été transmis.

Le dispositif mis en place ne fait aucun tri en amont, incluant les simples clochards, mais aussi les sans-papiers, les demandeurs d’asile, ceux déjà déboutés de ce même droit d’asile, bref ! un gloubiboulga d’exclus sociaux face auquel les intervenants gouvernementaux ont pour obligation de se taire, surtout pas ne pas faire de vague, sauf si le Rassemblement Nationale ou Reconquête entraient dans la danse. Un rapport parlementaire de Renaissance (majorité présidentielle) nous explique ô merveille ! que cette expérience inédite de provincialisation migratoire relève d’un pragmatisme constructif, loin, très loin des « fantasmes de l’extrême droite ». A ce propos, le maire Divers Droite de Saint-Brevin-les-Pins, Yannick Morez, vient de démissionner avec pertes et fracas suite à son accord donné pour le transfert d’un centre d’accueil de demandeurs d’asile près d’une école de sa commune. Vilipendé de toute part et physiquement agressé, Yannick Morez accuse implicitement l’extrême droite, c’est à dire son principal opposant politique.

Genèse d’une déconstruction bretonne

Ce n’est pas la première fois que la Bretagne est visée par une « répartition provinciale ». Outre Saint-Brevin-les-Pins, souvenons-nous de Callac, petite ville des Côtes-d’Armor, à une vingtaine de kilomètres au sud de Guingamp, et de son maire Divers Gauche, Jean-Yves Rolland, partisan d’une « Bretagne ouverte et solidaire », lorsqu’il fut contraint d’abandonner un projet similaire après avoir lui-même refusé une consultation de ses administrés, sachant pertinemment que la majorité des Callacois ne voulait pas de migrants chez eux. Après, donc, la Loire-Atlantique et les Côtes-d’Armor (et dans ces départements, la liste des communues n’est pas exhaustive comme le montre le centre d’hébergemnt de Corlay), voici désormais venu le tour de l’Ille et Vilaine, dans la paisible petite ville de Bruz, en couronne rennaise. Son maire, Philippe Salmon, est également affilié Divers Gauche, précision essentielle car, à l’inverse de Jean-Yves Rolland, il refuse le projet d’accueil d’un « sas régional » imposé par la préfecture.

Divers explications justifient sa fin de non-recevoir. D’une part, Philippe Salmon fut mis sur le fait accompli, sans avoir été consulté et moins encore sollicité par le préfet. En outre,  ses électeurs l’ont appris dans les médias, faute du temps nécessaire à la municipalité pour les en avertir. Au reste, le maire de Bruz évoque des conditions d’accueil indignes en ce qui regarde l’éventuelle scolarisation d’enfants à venir, quant au suivi des services publics devant accompagner cette brutale migration, il apparait inenvisageable tant sa ville est déjà administrativement saturée. Par son refus, Philippe Salmon pose également le constat des grands absents de ce nouvel eldorado migratoire, ceux qui devraient statuer en ultime recours : les élus locaux et les citoyens Bretons.

Bafouer les élus pour mieux bâillonner le peuple

Le rapport parlementaire de Renaissance évoqué plus avant, recommande toutefois aux préfets de travailler sur le terrain avec les élus qui, eux-mêmes (nous venons d’y faire allusion concernant Callac) ne sont hélas ! pas toujours en accord avec leur électorat  ; manière de constater que si les représentants locaux n’ont pas voix au chapitre pour le gouvernement, le peuple, lui, est de fait élagué par toutes les strates administratives au sujet d’une éventuelle consultation s’agissant des flux migratoires, comme si en pleine tempête tout le monde ne devait pas contribuer à la bonne gestion du gouvernail. Qu’à cela ne tienne ! Pour donner l’image d’un respect démocratique, on organise des Conventions Citoyennes à Paris même si elles concernent la Bretagne. Mais rien n’est jamais demandé aux personnes directement concernées, qu’ils soient Callacois, Brévinois ou Bruzois. Pourquoi ? Parce que le gouvernement sait ce que le peuple pense. Il le sait à force d’études… Il le sait par le bais de constats locaux… Grâce à de nombreux sondages traitant de l’immigration… Et, bien entendu, à travers moult expériences concrètes qui ne se passent pas toujours aussi bien qu’on nous l’assure. Pour autant, Paris continue de bafouer les élus Bretons qui, à leur tour, nient le peuple.

Certaines villes plutôt que d’autres

Madame Stella Dupont, député En Marche du Maine-et-Loire, nous apprend qu’il est recommandé d’enrichir le fameux algorithme informatique (celui dont l’ensemble des règles de calcul n’a pas été transmis) au bénéfice d’une répartition migratoire « en fonction de la situation précise de chaque migrant ». Ce qui, entre les lignes, entérine qu’un immigré en situation irrégulière a le droit de refuser l’hébergement qui lui est proposé et est légitime à vivre où bon lui semble en fonction de ses attaches personnelles. De fait, 40% d’entre eux déclinent les offres de (re)logement. En revanche, pour les autochtones, interdiction de contester l’installation de qui que ce soit à proximité de chez eux sans être pris pour d’innommables racistes. Observons au passage que les villes choisies sont Callac… pas Saint Briac ni La-Trinité-sur-Mer ; Saint-Brevin… pas Sucé-sur-Erdre ni Basse-Goulaine ; et Bruz… pas Saint-Grégoire ni Pacé. Les préfectures évitent chaque fois les villes huppées au désavantage des plus modestes.

Paris craint davantage les Corses que les Bretons

Le gouvernement, dépassé par la situation migratoire du pays, essaime dans les provinces son trop-plein et ses excès de misères, espérant que cela fonctionne alors que tous les baromètres indiquent une situation fragile, accentuée par l’immigration exponentielle d’ Île- de-France, ce qui, à terme, nourrira bien d’autres problèmes et suggère dès lors une banale question : pourquoi n’est-il prévu d’envoyer aucun immigré vers la Corse ? C’est joli la Corse. Nous autres de Bretagne y sommes toujours divinement accueillis. Seulement voilà ! Peut-être Paris craint-il davantage les Corses que les Bretons. Un peuple fier refusant la soumission est effectivement mieux respecté. Personne ne lui cherche querelle. Terminons avec Le Télégramme, journal breton dont nul ne suspectera une ligne éditoriale d’extrême droite, affirmant ceci dans un article daté du 22 mai : « Entre 2020 et 2022, la délinquance a davantage augmenté dans les communes autour de Rennes que dans la ville-centre. Le phénomène touche en particulier les endroits où les bouleversements démographiques sont les plus importants. » Ce que Rennes a fait avec sa banlieue (pompeusement rebaptisée Rennes-Métropole), Paris l’engage désormais à l’échelle nationale dans les régions.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Juin 2023 – Bretagne Actuelle & J.E.-V. Publishing

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