Décidément, Olivier Cousin a l’humeur vélocipédique. Il se met une nouvelle fois en selle pour distiller quelques bonnes vérités sur l’air du temps. Sans jamais oublier cette part d’autodérision qui est la marque de fabrique de plusieurs de ses recueils. Car l’enseignant et poète lesnevien pratique volontiers le tête-à-queue et le dérapage contrôlé. Il sait aussi, quand il le faut, « ronger son frein ».

Dans Les riches heures du cycliste ordinaire (Gros textes, 2017), Olivier Cousin nous avait déjà donné un bel aperçu de son compagnonnage quotidien avec le vélo (il dit « vélo » et non pas « bicyclette ») pour se rendre chaque matin sur son lieu de travail. Rien à voir avec quelque posture de militant écolo bon teint. Son recueil n’est pas là pour dire qu’il faut « décarbonner » ses déplacements quotidiens. Non, il est plutôt là pour regarder malicieusement ce « poète à pédales » qui serait à même « d’écrire des poèmes valables/en équilibre sur deux rondelles/de caoutchouc remplies d’air ». Poète sûrement, malgré l’air goguenard de ses contemporains avec leurs « insinuations utilitaristes » et qui sent la question : « Est-ce ainsi être poète ? »

Mais le poète sait se faire moraliste et épingler tous ceux qui « perdent les pédales/sans jamais faire de vélo » et aussi tous ceux qui font du vélo comme lui en doublant par la droite ou en roulant du mauvais côté de la route. Olivier Cousin n’embellit jamais le tableau. Il faut savoir « pactiser avec les éléments », nous dit-il. Et, surtout, pactiser avec soi-même. « J’ai mes recettes pour éviter de tourner en rond », affirme-t-il, le sourire en coin. Au slogan « Métro Boulot Dodo », il substitue le sien propre : « Vélo Boulot Disco Dodo ». Car le poète pédalant a chez lui un bureau/discothèque. « La musique y tourne à la chaîne ». Mais surtout pas de casque pour écouter la musique en vélo. Non, être à l’écoute de ce monde qu’il fend chaque jour sur sa bécane. Pouvoir ainsi parler de ces vélos d’enfants qu’il aperçoit dans le jardin en friche d’une maison neuve ou encore de cette dame à la fenêtre, sa « spectatrice la plus fidèle ». Rester disponible en toutes circonstances, notamment « pour les belles marcheuses/ou les jolies automobilistes qui pourraient me siffler ».

Oliver Cousin sait aussi se payer quelques « extra ». Il quitte parfois l’itinéraire obligé du boulot/dodo pour quelques escapades dans des lieux qui fleurent bon le terroir léonard du côté du pays Pagan quand « en direction de la mer/on descend à tout berzingue/la fameuse entre toutes/côte du Salut ». Ou, encore, quand sur une autre route de campagne, un tracteur et sa remorque Rolland/Pencran (du nom d’un fabricant de matériel agricole) bouchent le passage. Le poète pédalant connaît bien la chanson.

Pierre TANGUY

Nerfs d’acier et pédale douce, Olivier Cousin, Gros Textes, 2022, 50 pages, 6 euros.

0 Commentaires

Laisser un commentaire

Articles similaires

Autres articles de la catégorie Livres