C’était avant tout la joie des retrouvailles. Chacun et chacune goûtait à nouveau au chassé-croisé dans le village immense de Kerampouilh. Peu importait les nuages de poussière, les rayons ardents du soleil, les files d’attente, la foule partout, il était dit que rien ne viendrait ternir notre bonheur.
Quatre jours où légères ritournelles et refrains éternels sont montés en chœur sous le ciel clair et étoilé carhaisien. Devant la mission impossible d’être partout, nous avons choisi en pure subjectivité de nous poser devant certains concerts, renonçant à tant d’autres comme toujours aux Charrues. Dans le désordre, en quelques images et impressions, retour sur ce trentième anniversaire.
Fêtes de familles

Matthieu Chedid
Le concert de -M- aura incarné définitivement l’esprit de ce festival. Yeux fermés, main sur le cœur, Matthieu Chedid murmure des « merci beaucoup » dont on imagine qu’ils s’adressent à la vie qui offre de tels cadeaux, à la foule saturée de gratitude et à Jean-Philippe Quignon, l’un des fondateurs des Charrues, son ami disparu il y a dix ans. Avant de quitter la scène à regret l’artiste a remercié sa grand-mère, Andrée Chedid, poétesse et auteure de cette chanson « Je dis aime » entonnée comme un hymne.
Sur cette grande scène de Glenmor on aura été touché-coulé par Stromae. Le chanteur belge ne nous aura pas baladé mais délivré sans concession les évidences de nos vies « pas de hauts sans bas et pas de bas sans haut ».

Matmatah
Matmatah nous a emballé par tout ce que le groupe brestois affirme de notre culture bretonne et aussi de nos convictions. Pour ceux qui voulaient entendre, quelques textes disaient tout le paradoxe de notre monde qui va de travers. Alors « Dansons dansons en cette fin de civilisation ».
Pour la dernière soirée, celui qui a fait «toutes les scènes ici avant d’être sur la plus grande » se sent comme un gamin « à la kermesse ». Derrière son stand avec jeux vidéo et histoires vécues du quotidien, Orelsan a alpagué le spectateur qui s’est laissé tenter de bon cœur.
Bandes originales

Selmanesh Zéméné
Le chapiteau de la scène Gwernig comme un havre dans l’immensité à ciel ouvert de Kerampouilh a toujours le secret du pas de côté musical. La voix puissante de la chanteuse d’Addis-Abeba Selmanesh Zéméné accompagnait le Badume’s Band dans un ailleurs de mélopées éthiopiennes.
Le beau diable de Rodrigo Cuevas bouscule et libère les folklores de son pays du nord de l’Espagne. Chaussé de sabots dorés et coiffé d’un chapeau d’inspiration galicienne, le bel hidalgo usant de tous ses charmes nous a raconté sa vie en espagnol, en anglais, en français. Devant le public acquis à son extravagance il est parti dans un « j’ai kiffé, j’ai kiffé ».

La Perla
Dimanche avec les colombiennes de La Perla entre percussions, imitations de chants d’oiseaux et paroles scandées a-capella, la communion était au-delà de l’ordinaire, les mains se sont serrées.
Nous sommes donc repartis après quatre jours avec cette émotion palpable du « je ne sais quoi » lié à cet endroit depuis trente ans. Le philosophe Jankélévitch qui s’est penché sur ce sentiment disait : « On peut après tout vivre sans le « je ne sais quoi ». Comme on peut vivre sans philosophie, sans musique, sans joie, et sans amour. Mais pas si bien. »
Bernadette BOURVON
Photos Jacqueline LEDOUX

Rodrigo Cuevas











