L’âme Celte est gravée dans le cœur des Bretons. Elle renvoie à mille contes et autant de légendes : Brocéliande, Merlin, fées, lutins et sorcières… L’imagination s’enflamme vite malgré deux mille ans d’une redoutable colonisation monothéiste.

Depuis toujours, les Celtes sont une communauté qui tend vers un langage universel. Aucune encyclopédie ne suffirait à en conter l’histoire intégrale, car leur enseignement relève d’une prodigieuse connaissance des lois de la nature : un héritage druidique qui, venu des vastes steppes sibériennes, a franchi l’Oural et, par vagues successives, a occupé pratiquement toute l’Europe. Nous sommes donc tous un peu Celtes sans le savoir. Un héritage hélas ! fort méconnu.

Être breton c’est être Celte

Les Celtes, appelés Keltoï par les Grecs (d’où le substantif Celte) et Galli par les Romains (d’où l’adjectif Gaélique), n’ont jamais formé un véritable empire, ni même constitué une puissance politique centralisée. Leurs premières traces remontent au VIIIème siècle av. J.C., où ils exploitent des mines de sel. Au VIème siècle, toujours avant Jésus-Christ, ils commencent leur migration depuis le Hallstatt, une région du centre autrichien, dont un village – au demeurant magnifique – porte aujourd’hui le nom. Leur territoire s’étend ensuite en Suisse, où quelques traces persistent aujourd’hui du côté de La Tène, sur les bords du lac de Neuchâtel. Cette période laténienne (ou « de La Tène ») mène du Vème au milieu du Ier siècle av. J.C. Elle succède à ce que les archéologue appellent « la culture de Hallstatt », et s’achève lors de la conquête romaine de la Gaulle.

Contrains à fuir l’ennemi romain, les Celtes émigrent en Turquie centrale, puis vers les Balkans, ils poursuivent loin jusqu’en Allemagne, en Italie, en Espagne, au Portugal et, bien entendu, en France, avant de traverser la Manche pour aborder l’Angleterre et l’Irlande où, chaque fois, ils laissent une empreinte manifeste et différente. A l’inverse des autres envahisseurs qui obligent les populations vaincues à s’adapter aux meurs du plus fort, les Celtes s’intègrent dans les sociétés qu’ils conquièrent en les modifiant lentement de l’intérieur. Leur influence se traduit autant par la langue que par un raffinement artistique en lien avec la nature, également par l’acceptation de croyances nouvelles qui ne sont ni religion ni doctrines, mais bien plutôt une forme de sagesse et d’harmonie avec les éléments.

Un peuple biculturel : gaélique & brittonique

Alors que la culture celtique a pratiquement disparu du continent au Vème siècle de notre ère, elle réapparaît avec force de l’autre côté de la mer, en Irlande, en Écosse et au pays de Galles. L’Irlande devient le terrain de prédilection du célèbre évangélisateur Saint-Patrick qui convertit la population au « christianisme celtique » : un mode d’organisation religieuse décentralisé,  à l’inverse du système romain. Il connaîtra son apogée au VIIème siècle, avant de s’éteindre au XIIème  ; on y distingue deux cultures : la brittonique, de  langue brittonique : breton, gallois… ; et la culture scottique ou gaélique, de langue gaélique : irlandais, écossais… Ce sont les moines qui, tout au long de cette évangélisation, retranscrivent les chefs-d’œuvre de la littérature orale celtique, porteuse de mythes et légendes aujourd’hui connus de tous : Brocéliande, Merlin l’Enchanteur, la fée Marianne, le roi Arthur, le dragon du pays de Galles (en rouge sur le drapeau gallois)… Une littérature qui ne cesse d’étoffer la culture européenne.

La langue bretonne est un dÉbut mais pas une fin

Les influences celtiques de la Bretagne ne sont pas uniquement celle d’une langue que les Jacobins espèrent morte. Loin de là. Notons toutefois que le breton est aujourd’hui la seule langue celtique parlée sur le continent européen, sans pour autant être officiellement reconnue, alors que son enseignement à l’école devrait être un droit minimum et légitime, c’est à dire systématiquement proposé en double enseignement français/breton dans les école de la République. Tant qu’il n’en sera pas ainsi, il sera impossible d’envisager un fil inaliénable entre la langue et l’identité bretonne. Robert Louis Stevenson serait-il moins écossais au prétexte qu’il écrivait en anglais et non en gaélique ? La langue – bien qu’essentielle – n’est pas tout. Le caractère celte des Bretons se retrouve aussi dans le sentiment d’appartenance à un territoire, à une géographie, une culture, un ensemble qui fait ce que nous sommes à l’endroit où nous sommes.

La Bretagne est avant tout la concrétisation d’une légende  : c’est Viviane rendant sa jeunesse à Merlin. Mais c’est aussi l’âme celte d’un pays colonisé par le centralisme parisien n’ayant pour seul but que de tuer les rêves qui vont de l’Ecosse à la Galice. Vous avez dit colonisation ? Oui.  Oh ! Pas cette image caricaturale du « nègre » exposé dans une cage en plein Paris lors de l’exposition coloniale de 1931. Du tout. Le problème est moins ce qu’a fait la France de la Bretagne que ce que les Bretons en ont laissé faire par les Français.

Jérôme ENEZ-VRIAD
© Avril 2021 – J.E.-V. & Bretagne Actuelle

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