Claude Vigée, immense écrivain juif d’origine alsacienne, vient de décéder à l’âge de 99 ans.  Il était un ami du poète breton Yvon Le Men.

Dans un livre intitulé Tout finit dans la nuit, les deux hommes avaient échangé sur l’écriture, l’amour et les raisons de vivre, à partir du recueil du poète breton, Besoin de poème (Seuil, 2006). L’amitié et la complicité entre les deux auteurs était ancienne. Ce livre était donc, en quelque sorte, l’aboutissement d’un cheminement spirituel et intellectuel.

« Toute vie finit dans la nuit, bien sûr, mais en inventant sa propre lumière », écrivait Yvon Le Men à propos de la genèse de ce livre-échange qui s’articulait, dans une première partie, autour de la démarche littéraire du poète breton : depuis ses rencontres avec Jean Malrieu, Eugène Guillevic, Xavier Grall jusqu’à ses révélations littéraires, dont le poète turc Nazim Hikmet est l’une des figures les plus hautes.

Une réflexion sur le mal et la souffrance

Tout tournait ensuite, dans ce livre, autour de l’image du père : un père qu’Yvon Le Men avait perdu alors qu’il était encore jeune et dont la disparition avait creusé une profonde blessure. Claude Vigée parlait, à propos de Le Men, de « l’anxiété créatrice » issue « d’un manque et d’une absence ». Le livre Besoin de poème était d’ailleurs né de cette absence.

Il y avait ensuite, de fil en aiguille, toute une réflexion sur le mal et la souffrance, ce qui permettait en particulier aux deux auteurs de disserter sur le « Livre de Job » et d’apporter leur vision personnelle de ce texte de la Bible. A chaque fois, le vieil écrivain juif se mettait, avec bienveillance, à l’écoute de son interlocuteur, bondissant avec allégresse sur toutes ses intuitions ou ses interprétations personnelles de la foi.

Les deux auteurs terminaient leur échange par une forme d’appel, en ces temps troublés, à la tolérance religieuse, « contre ceux qui veulent faire régner de force, et de manière prématurée, le paradis céleste sur terre ». Eloge du poème et de la prière, à travers la figure de poètes et mystiques musulmans qu’ils évoquaient conjointement. Une façon de clore en beauté cet échange fécond, ouvert sur une foi dans la vie chevillée au corps.

Pierre TANGUY
« Toute vie finit dans la nuit » aux éditions Parole et silence, 2007, 127 pages, 15 euros
Photo : Yvon Le Men et Claude Vigée en 2007 au salon des Etonnants Voyageurs de Saint-Malo

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