Il pleure sur Brest puisque Christophe y meurt
Il pleure bleu sombre et noir même
Il pleure à Brest-même
Des cantiques de bardes et d’hallebardes qui ne sont pas des mouettes
Des aigus de cormorans-binious qui ne savent pas qui c’est
Qui meurt cette nuit dans la rade ?
Qui meurt dans les rades fermés à clé de Siam ?
Miossec a toujours la bonne voix des graillons
C’est le grillon qui est mort à brest
Personne ne l’attendait
Pas de public, salle vide ou remplie de tuyaux
Des moniteurs cons et des sales chiffres sombres
Christophe était du sud
Il venait du Midi
Mort au septentrion
Le rock est fou, le rock est triste
La midinette à cuir gît dans la nuit sans fin
La mort est bleue enfin
Et Christophe chante encore
Voix à peine sous fil jusant et tube oxygène
Les larmes chaudes à chaude larmes
Les rires brefs à courte pointe
Pleurons à Brest
Saint-Trop ou Nice à l’opposé
Le chanteur est mort
Chantons Aline quand tu es là
Aline au paradis définitif
Chantons les tifs longs comme des vins de matafs
Chantons l’ennui aimé
Rockeur de violons et violonnades électro
Il chante l’interdit
On achève bien les autos voilà ce qu’il a dit
Bagnoles glissées, limousines des cordes vocales
Et chaloupe insensée sous Pont de Recouvrance
Fin des fines moustaches
Fin des mots fins timbrés de peu
Christophe est mort cette nuit de Brest
Il pleure l’orage d’Ouessant à Menton
Des îles du Ponant aux îles du Levant
Il pleure la pluie d’ici, là-bas, partout
À Brest-même
Et partout le souffle manque
Christophe ne respire plus
On manque d’air
Qui de nous ne meurt quand il aime à l’envers
On est mort
On est mort on est mort
La terre penche davantage
Elle dit elle dit elle dit
Maudits les mots dits que Christophe n’a pas dits
Gilles Cervera
17 04 20











