Comme souvent, ça part des Évangiles. Le Livre est souvent aux commencements des histoires. Sans doute parce que beaucoup avait déjà été vécu avant que ça ne commence et c’est fort de ce qui s’était passé avant qu’on prend ça pour un texte des commencements.

« Vous ne pouvez servir Dieu et les richesses ». Ce serait dans les Évangiles.

C’est dit et redit par un certain Müntzer à des tisserands qui lorsqu’ils entendent ça se disent qu’on leur a menti. Les révoltes succèdent aux révoltes. Les bagarres aux bagarres. Les saccages aux saccages. Les pillages aux pillages. « Furieux, les paysans arrachent les juges à leurs lits, les traînent sur la place publique et les décapitent ». Nous citons Éric Vuillard, Goncourt de l’an dernier, qui raconte une suite de révoltes vers 1500. Ou plus tard. Ou juste avant. Ou maintenant.

Quand des peuples n’en peuvent plus. Se mettent en ordre de bataille, fomentent, montent au créneau des forêts, des bords de ville, ils assaillent, ils braillent, les peuples de terre se heurtent au pot de fer. Ils y vont. Toujours un pour relever le défi, repartir, créer des armées de gueux, des bataillons de guenilles, « des hordes de misérables », foncer contre l’archevêque, à l’assaut des ors et des salons, contre le lucre des lustres, abattant les portes des palais : « Attaquez-vous au nid de l’aigle ! »

Ils se font écraser. À chaque fois, souvent. Communards que Monsieur Thiers défait. Prolétaires que Staline trompe.

Rouge épaisseur des sangs qui se confondent dans les caniveaux de l’histoire depuis que la politique fabrique l’inégalité, les différences de rang, les castes et les classes.

« Ce ne sont pas les paysans qui se soulèvent, c’est Dieu », Vuillard met un conditionnel pour prêter ces mots à Luther.

Encore un effort, la République est demain.

Gilles CERVERA
Éric Vuillard La guerre des pauvres aux éditions Actes Sud – 8,50€

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