La capitale bretonne a fait de l'égalité filles-garçons l'une des priorités de son projet éducatif. Fort d'une expérience menée par la ville de Trappes, le conseil municipal promet des cours de récréation « non genrées » dans les nouvelles écoles rennaises afin de lutter contre les stéréotypes. Vous avez dit « non genré ». Quésaco ?
En récréation, les garçons jouent au centre de la cour, les filles sont reléguées sur les côtés. Pour lutter contre cette évidence, les espaces de jeux des nouveaux groupes scolaires rennais (maternelles/primaires des quartiers Baud-Chardonnet et Maurepas) seront appropriables par tous (non « genrés ») afin de participer à un soi-disant meilleur climat scolaire. Geneviève Letourneux, conseillère municipale déléguée aux droits des femmes, explique que « les enfants sont imprégnés d’une inégale valeur entre ce qui est féminin et masculin » (…) « L’idée est de choisir les activités les moins genrées afin d’éviter que certains espaces soient dédiés à un usage unique ». Fini le terrain de foot matérialisé au sol. Plus de marelle permanente sous le préau.
Le mot « fille » n’a jamais été une insulte
« Les filles intègrent très tôt que l’espace central de la cour n’est pas leur place. Elles vont se restreindre physiquement dans leurs mouvements, mais aussi mentalement », souligne quant à elle Chris Blache, cofondatrice du site Genre et Ville. Cette mise à l’écart préfigurerait l’invisibilisation (sic) des jeunes filles puis, des femmes dans l’espace public. Quant aux garçons, ils sont contraints d’aimer les jeux de ballons et, « par voie de conséquence, ces cours provoquent des réflexes homophobes, puisque ceux qui ne jouent pas au foot se voient du coup traités de filles », explique Édith Maruéjouls, maître de conférence spécialisé dans la géographie du genre – oubliant toutefois de préciser qu’il n’y a pas d’uniformité de l’homosexualité : on peut être gay bien que footeux, et que le mot « fille » n’a jamais été une insulte.
Des couleurs asexuées… De la verdure… De la lecture
Le mot d’ordre est de briser les stéréotypes à travers les activités et le choix des couleurs. Ainsi, des toboggans surplomberont désormais un terrain synthétique violet – selon Françoise Dolto, le violet est la couleur unisexe des enfants –, l’objectif sera d’inciter à interagir davantage avec le sexe opposé tout en partageant l’espace de manière plus équitable.Ce n’est pas tout ! Ces lieux de jeux seront plus colorés, composés de verdure sans aucun centre défini, ceci dans le but de favoriser les interactions entre élèves de sexes opposés, tout en encourageant les jeux collectifs mixtes ou autres activités, comme la lecture et les conversations. Les enfants pourront également jouer au foot ou au basket, mais aussi lire, faire du vélo, observer les insectes dans l’herbe… Rien n’est toutefois précisé en ce qui regarde le choix des livres. Seront-ils genrés ou non ? Pas davantage sur la couleur des vélos !
L’égalité des sexes est un combat d’acceptation des différences avant d’être celui de l’accentuation des ressemblances.
Le conseil municipal de Rennes et son maire (Nathalie Appéré – PS) n’en sont pas à leur premier coup d’éclat. Déjà, en 2014, lors de la loi relative à la délimitation des nouvelles régions, le silence assourdissant de Nathalie Appéré s’agissant de la réunification de la Bretagne laissait entendre qu’elle aimait sa région quand ça l’arrangeait. L’année dernière, Yvon Léziart, conseiller municipal délégué aux sports, autorisait le burkini dans les piscines municipales de la ville. Sans doute en référence à la liberté qu’ont les femmes musulmanes de disparaitre sous un voile lorsque les hommes les y contraignent. 2019 n’est donc pas en reste avec les cours de récréation « non genrées », en totale opposition morale, sociale et philosophique avec le port du voile.
Il existe une grande différence entre le besoin d’égalité des sexes et celui que la bonne conscience politique souhaite nous imposer. Remontons l’histoire jusqu’aux années 30. Époque où le rose était plus fréquent dans les tenues des garçons que dans celles des filles. Dérivé du rouge, il évoquait le sang des guerres, la force et la virilité ; tandis que le bleu, lumière de la Vierge, était considéré comme féminin. Les couleurs n’appartiennent à aucun genre particulier. Pas davantage que les jeux, les vêtements, les opinions ou les odeurs. Tout est question de modes, coutumes et habitudes correspondant à la culture d’un espace/temps défini. L’égalité des sexes est un combat d’acceptation des différences avant d’être celui de l’accentuation des ressemblances.
L’ennemi de la femme n‘est pas le patriarcat blanc, mais l’obscurantisme sombre.
Plutôt que de soumettre la marelle aux petits garçons et les jeux de ballon aux petites filles, nous pourrions ajouter aux programmes scolaires les biographies d’incroyables destins, tels celui de Coco Chanel, Angèle Vannier, Marie Curie, Rosa Parks, Frida Kahlo… Puis, dans les classes supérieures, introduire l’étude de romans divers : Claudine en ménage – quelle meilleure approche au féminisme que celle de Colette ? -, l’Histoire de ma vie par George Sand, ou Les mots des femmes de Mona Ozouf, et tant d’autres œuvres porteuses d’un véritable message féministe éloigné des caricatures « non genrées ».
Peut-être faudra-t-il aussi se poser les bonnes questions. Il va sans dire que la culture moyenâgeuse de certains Français est en partie la cause qui oblige à replacer le droit des femmes au cœur du débat. Face à cela, tout un travail relatif à l’égalité filles-garçons doit prendre en compte les histoires conjuguées de la littérature, de la politique et du combat social… Bref, de la culture au sens le plus large. Car l’ennemi du féminisme n’est pas le patriarcat blanc, mais l’obscurantisme sombre, y compris lorsqu’il prend la forme d’un jeu politique à but électoral.
Les femmes et nos filles méritent mieux qu’une (r)évolution de préau
On regrettera l’impossibilité pour les régions de choisir une partie des programmes scolaire dispensés sur leur territoire. La nécessité féministe en Bretagne n’a pas les mêmes impératifs qu’en Seine-Saint-Denis (93). Il semble naturel de dire qu’un excellent climat scolaire existe dans les écoles bretonnantes Diwan, elles sont pourtant « genrées », mais surtout loin des lobbys féministes fort bien orchestrées dont s’imprègnent certaines sphères culturelles, sociétales et politiques. Les femmes et nos filles méritent mieux qu’une (r)évolution de préau.
Jérôme ENEZ-VRIAD
© Février 2019 – Bretagne Actuelle & Jérôme Enez-Vriad











