La « crise des migrants » inspire les poètes. Après le Rennais Denis Heudré qui nous avait parlé de Lampedusa (Bleu naufrage, élégie de Lampedusa, éditions La Sirène étoilée), voici un autre Rennais, Jean-Louis Coatrieux, dans les pas d’une fillette condamnée à l’exil. Elle s’appelle Mounia. Et c’est la guerre en Syrie qui constitue la toile de fond de son récit même si elle n’est jamais explicitement nommée.
« J’entends les rires/Des soldats/Dans mon dos/Les couteaux/Achevaient les blessés ». Les mots du poète sont là, quand il le faut, pour dire les horreurs de la guerre. Mounia fuit. Elle tient la main de son père. Comment ne pas penser, lisant ces passages du livre de Jean-Louis Coatrieux, à un autre exil : celui du poète Mahmud Darwich, fuyant la Palestine avec sa famille. « Ne regarde pas l’étoile, elle pourrait te ravir et te perdre. Accroche-toi à la robe de ta mère », écrit-il dans Présente absence, son autobiographie poétique (Actes Sud). « Le cauchemar te cogne de sa poigne de fer, tu cries sans voix ».
Acte I du livre de Coatrieux : la fuite, la route. « Terres blanches/Etendues gelées/Sans rien ni personne/Sauf nous dehors ». Des images nous reviennent, lisant ces mots, de ces cohortes traversant à pied les Balkans dans l’espoir d’un hypothétique havre de paix.
Acte II : retour sur le vert paradis de l’enfance. Celui de Mounia et de sa famille. « Nous avions/Des plaines de sables/Pour les après-midi/Quelques oliviers/Pour être heureux/Les soirs ». Les bonheurs simples d’une fillette avec son frère Sami : « Nous faisions/Bouger le ciel/Entre nos doigts ».
Acte III : l’irruption de la guerre et de la haine sacrifiant l’innocence. « Là-bas devant l’école/Le jardin, quelques fleurs/Les corps oubliés/En plein milieu »
Acte IV : la frontière, un jour, au bout des souffrances et des humiliations. « La terre en face/Une autre terre, si près/Des bateaux, disent-ils/La liberté/Il faut attendre ».
Jean-Louis Coatrieux a choisi l’ellipse et l’épure pour parler de cette tragédie et de tous ces destins brisés par la folie des hommes. Les mots – rares – tombent drus sur le blanc de la page comme de grands cris d’exclamation (et plus souvent d’effroi). Ce qui n’empêche pas de trouver, de ci de là, la tonalité chaleureuse des récits orientaux quand il s’agit d’évoquer avec nostalgie (acte II) les « années de miel » du pays d’enfance.
Pierre TANGUY
Cours, Mounia, sauve-toi de Jean-Louis Coatrieux, préface d’Albert Bensoussan, postface de René Péron, paru aux éditions Riveneuve, 72 pages, 12 euros.












