La nouvelle génération l’a adoptée comme règle de vie : ne plus être propriétaire. De la musique streamée aux voitures partagées, l’abonnement et la location ont remplacé l’acte de propriété. Une vraie révolution qui touche aussi l’art. La société Urban Capusle l’a bien compris en proposant aux entreprises des œuvres de Streeet-Art en location longue durée ! Que les anciens se rassurent : on peut lever l’option d’achat ! Rencontre avec Alexandre Ivanov, financier, collectionneur averti et créateur de cette solution bien dans l’air du temps.
Pourquoi et comment est né Urban Capsule ?
Ça fait quelques années que je travaille dans des solutions de financement pour les entreprises. Ce sont des offres de leasing pour tout type d’équipement. Parallèlement à ça, je suis un amateur d’art, notamment de Street-Art. Or le constat est aujourd’hui le suivant : dans toutes les entreprises il y a des choses accrochées au mur. Ça peut être un poster acheté chez IKEA ou un tableau qu’on a ramené de vacances peu importe, mais il y a toujours quelque chose. Et si c’était l’œuvre originale d’un artiste de Street-Art ? Et comme je sais financer, pourquoi pas financer ces œuvres d’arts ? C’est ainsi qu’est né Urban Capsule en 2017.
L’idée est donc de frapper aux portes des artistes, de leur acheter des œuvres en directe afin de me constituer un catalogue que je vais pouvoir proposer en location financière à mes clients.
Vos clients sont des entreprises ou des particuliers ?
Aujourd’hui ce sont des entreprises. La location aux particuliers c’est une démarche spéciale qui ne suit pas les mêmes agréments bancaires donc ça non, je ne le fais pas.
La location est financièrement plus intéressante que l’achat ?
Oui, c’est plus intéressant pour plusieurs raisons :
La première c’est qu’un contrat de location financière permet à l’entreprise de ne pas sortir de cash. Il n’y a pas d’efforts de trésorerie à faire, il y a un loyer qui est linéaire en fonction de contrat, mais pas de chèque à signer.
Ensuite lorsqu’on achète une œuvre d’art, l’abattement fiscal pour l’entreprise est assujetti à certaines règles: il faut que l’artiste soit vivant, il faut que la somme ne dépasse pas un certain coefficient du chiffre d’affaires, etc. Sinon ça serait trop facile et n’importe quelle boite qui tourne un peu achèterait des œuvres d’art pour ne pas payer d’impôt ! La location financière va permettre de rentrer en charge d’exploitation 100% des loyers. Donc de baisser le bénéfice et mécaniquement de diminuer l’impôt sur la société.
En revanche la notion d’investissement n’existe pas dans la location…
Si, elle existe puisque à terme il y a une possibilité de lever une option d’achat. Un peu comme une voiture finalement.
Urban Capsule est spécialisée dans le Street-Art uniquement ou l’art contemporain d’une manière générale ?
Urban Capsule est exclusivement dédiée au Street-Art. On est en train de créer une deuxième entité qui – elle – sera dévolue à l’art contemporain.
C’est naturel pour la génération Hip Hop de s’intéresser au Street-art ?
Je suis né en 1985, j’ai baigné là-dedans. Le Street-Art fait partie du Hip Hop. Ça fait partie du même courant, enfin pour moi en tout cas.
On peut écouter du Rock et âtre sensible au Street-Art ?
Bien sûr ! Et pourquoi est-ce qu’on ne pourrait pas ? Jef Aérosol c’est quand même plus rock …
Pour vous, qu’est-ce que le Street Art ?
Le Street-Art c’est n’importe quelle forme d’expression offert au public qui est dans la rue.
Et quand l’œuvre est encadrée dans un salon, elle perd sa signature Street-Art ?
C’est de l’art urbain. Oui je suis d’accord avec vous ; à la base le Street-Art c’est ce qui est peint dans la rue, mais à un moment les artistes font le choix ou pas, de commencer à travailler sur différé tes types de supports, des toiles ou encore de la faïence de métro et offrir cet art à des gens qui sont chez eux. Est-ce que Street-Art doit rester dans la rue ? Non. Est-ce qu’un super chanteur qui chante dans la rue ou dans le métro ne doit jamais faire d’album et aller en studio ? Non ça serait une hérésie.
Jusqu’à découper des morceaux de murs pour les vendre ensuite ?
Ça c’est ridicule parce que la démarche n’est pas celle là. C’est à l’artiste de choisir le lieu d’exposition (un bureau, un salon, une expo…) et le support (une toile, un mur…). La démarche de l’artiste au moment où il produit cette œuvre, c’est qu’elle reste dans la rue et pas qu’elle soit découpée !
Urban Capsule a un an : combien de clients, combien d’artistes en catalogue ?
On doit avoir une douzaine de clients. Côté artistes, c’est une bonne question, on va aller regarder sur le site… Il doit y en avoir une bonne quinzaine aujourd’hui … 18 artistes !
C’est en constante augmentation ?
« Augmentation », je ne sais pas si on peut appeler ça comme ça, mais c’est en mouvement. Il n’y a pas de course à l’œuvre, l’artiste ne recherche pas ça. On essaye de rester le plus qualitatif possible. Les choix qu’on a fait dans ce catalogue c’est d’avoir des gens très représentatifs du Street-Art sans que les styles se télescopent. Si vous regardez dans mon bureau il n’y a pas deux fois les mêmes choses, il y a un mec comme ZENOY qui n’aura rien à voir avec TANC qui n’aura rien à voir avec NASTY, etc. L’idée n’est pas d’avoir des artistes pour avoir des artistes, c’est simplement d’avoir des choix réfléchis qui nous plaisent aussi. C’est vrai que quand il y a une ouvre qui vous parle, c’est plus facile de la défendre.
Ce sont autant de coups de cœurs ?
Oui, et ce sont aussi ceux des clients et des artistes eux même. Parfois un artiste voudra exposer une création en particulier ou simplement travailler ensemble. C’est une sorte de petite communauté à laquelle les gens adhèrent. On est tout le temps dans l’échange, il n’y a pas du tout de comité de décision on est pas du tout dans cette démarche-là.
Et vous achetez des toiles…
Oui je les achète. En générale j’achète quatre toiles par artiste. Le choix d’acheter c’est qu’un moment donné l’artiste vit parce que vous lui achetez ses œuvres. Faire du dépôt vous ne prenez pas vraiment de risque tout en lui bloquant une partie de ses créations. Il y a une part de mécénat dans le truc.
Et comme client, est-ce que je peux commander une œuvre d’un artiste en particulier qui ne figure pas sur le catalogue ?
Bien-sûr !
Et ça se passe souvent comment ça ?
Peu, parce que l’entrepreneur n’a pas forcément le temps d’aller dans des galeries d’art et de se renseigner. L’idée d’Urban Capsule c’est d’emmener ça à l’entrepreneur.
Quels sont les arguments pour convaincre un entrepreneur de louer une œuvre d’art au-delà de l’argument financier ? – Est-ce que vous pensez que tes locaux soient bien décorés
– Est-ce que vous pensez que vos collaborateurs et vos salariés se sentent bien dans leurs environnements professionnels
– Est-ce que c’est intéressant d’optimiser la fiscalité de votre société ?
Ce sont de grosses sociétés ?
Il y a de tout, PME, TPE et même des grosses boites. On est pas du tout élitiste, les premiers loyers sont à 30€… On ne veut pas se dire que l’on vend uniquement des toiles à 500 000€ ! On veut qu’il y ait de l’art partout à tout le monde.
Donc ça va de 30€ par mois à… ?
Actuellement sur les plus grosses œuvres, on doit être autour de 1500€ par mois.
Généralement ou loue une œuvre pour combien de temps ?
24-36 mois en général c’est ce qu’on observe.
Quel est le nombre de toile par entreprise en moyenne ?
Ah je ne sais pas vraiment ça doit être à 2,5 je pense. Cette moyenne n’est pas représentative j’ai un client qui en a pris 6. Je pense que c’est 1 ou 2.
Dans quels secteurs opèrent vos clients ?
Il y a des avocats, des studios d’enregistrement de musique, des sociétés de conseil, restaurants, un médecin … Notre volonté est de décorer le plus de lieux possibles et de remplacer en quelques sortes une toile IKEA par une œuvre d’un artiste. Même si IKEA ça peut être très sympa ! Mais en faisant cela on participe à l’essor culturel. Plus on vend de toiles plus les artistes ont d’argent plus ils vont essayer de créer d’autre choses.
Le point d’équilibre d’Urban Capsule est à partir de combien de clients ?
Alors je n’ai pas d’objectif ou de point d’équilibre car j’ai la chance d’avoir une autre structure qui est ici et qui tourne très bien. C’est grâce à cette structure que j’ai pu monter cette société qui est plus une passion qu’autre chose. Il n’y a pas ou peu de frais de fonctionnement sur Urban Capsule.
Il y a de un investissement quand même ?
Il y a de l’investissement, mais ce stock-là n’est pas périssable donc si demain je décidais de tout revendre à priori je ne perdrais pas d’argent j’en gagnerai même plutôt. D’un point de vue comptable il y a un stock que j’amorti, mais ce stock ne se dévalue pas.
Est-ce que vous travaillez avec les galeries ?
Avec certaines en finançant leurs ventes car on est aussi un outil de financement pour les galeries. Après ce n’est pas toujours simple car on est vu comme une espèce de structure hybride qui essayer de bousculer le marché. L’ordre établi de la galerie avec pignon sur rue qui verrouille la communication avec ses artistes qui expose des prix parfois un peu sortis du chapeau… je ne dirais pas qu’ils sont méfiants, mais…
Et des expos temporelles comme Aérosol à Paris en ce moment ?
Ouais, on est en train d’y travailler on a fait un événement le 17 mai dernier où on a exposé un peu plus d’une trentaine de toiles avec une dizaine d’artistes différents pour qu’ils puissent parler de leurs travails. On prévoit un autre événement à la rentrée, on est en discussion avec certains hôtels… Il y a pas mal de choses dans les tuyaux en ce moment du côté événementiel.
Les clients sont essentiellement parisiens ? Il y des bretons ?
Alors Bretagne non pas pour l’instant. J’aimerai beaucoup en avoir ! Sinon c’est dans le sud de la France à Toulouse.
Est-ce qu’il faut être collectionneur dans l’âme pour faire ce métier ?
Oui à la base je suis collectionneur. Mais il y a deux types de collectionneurs. Certains vont garder leurs toiles rouler dans des tubes et d’autres comme Pinault qui aiment les exposer pour en faire profiter le maximum de gens. On est davantage dans cette démarche-là. Je suis sûr qu’on réussirait à bosser ensemble avec François Pinault. Moi si demain quelqu’un m’appel en me disant : « oui on fait une rétrospective d’un tel artiste, est-ce que vous pouvez nous prêter des toiles etc. » ça c’est vraiment un objectif. C’est le Graal en tant que collectionneur. Et puis ça nourrit mon égaux aussi, on ne va pas se mentir (rire).
Quel est ou quels sont les artistes que vous préférez dans votre collection ?
Joker.
Et les prochains artistes en catalogue ?
Ha, il y en a beaucoup. Vraiment je ne sais pas. Je pourrais vous faire une liste mais on serait encore là demain. Il y a plein de types qui font des trucs extraordinaires !
Le Street Art, c’est plutôt masculin ou plutôt féminin ?
Il y a les deux. Ce n’est pas la parité non-plus mais je pense que sur le contemporain il y aura encore plus de femmes que sur le Street-Art.
Propos recueillis par Hervé DEVALLAN











