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Un roman des poètes bretons

Jean Louis Coatrieux « Qui de nous deux sera l’autre ? » Editions La Part Commune - 219 p - 16€ Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
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Lire Jean Louis Coatrieux, c’est retrouver sa famille ! Cette famille de rêves et de mots, ces familiers qui nous donnent à lire le monde depuis qu’on est né. Lire Coatrieux, c’est le plaisir d’un dimanche midi doux, dont le dessert est du sucre et pas de glace, dont les éclats de verre sont des éclis et les excès lyriques. 

Lire Coatrieux, son dernier roman Qui de nous deux sera l’autre ? nous fait trinquer avec Louis Guilloux l’oncle briochin, Guillevic le frangin Carnacois, Guéhenno ronchon et fougerais, Jos, Georges Perros, Terrot garée en bas, arrivé pompé et pompette de Tréboul en Douarnenez, et, parmi d’autres convives, le parrain Jean Grenier, celui qu’on croise chaque fois qu’on descend dans les Grèves ou qu’on retrouve à la bibliothèque municipale de St Brieuc. Louis, Jean, Eugène (prénom disparu !), Marcenac ou Keineg, Collobert (une femme, enfin !) ou même les moins hauturiers, pousseurs de chansonnette, Delahaye, Budet ou le harpiste Myrdhin, tous à table, dont celui par qui cette édition à la Part Commune n’aurait pas eu lieu. L’âme vient au pouce café, Yves Landrein lui-même. Marcheur de rues, hanté de poésie.


Coatrieux fut dans un roman proche, Là où la rivière se repose, ce fils de réfugié espagnol, croyons-le  sur parole ! Il devient un jumeau littéraire. La division du corps (et de l’esprit) est le propre de Jean-Louis Coatrieux. Sa vie entre science dure, recherche savante, pointue, acide et les livres, cet appel des mots, ce roulé-boulé de talus et fougères, de Locuon, chapelle en fin fond de carrière romaine, et St Nicolas du Pélem, où le Blavet roule ses roches d’or.


Coatrieux en sa retrouvaille avec lui-même. Faisant coïncider ses deux pentes, réunissant les deux rives, celle des « compétitions furieuses », des réunions au ministère entre reconnaissance et quête de subventions et José Corti, dont la librairie est cette vitrine flapie derrière laquelle on voit, parmi les piles de Gracq, le front penché de l’éditeur. Coatrieux se regroupe. Son jumeau intérieur lui envoie des courriers auxquels il répond dans ce livre, feuilletage de lettres (épistoles) et des Lettres (les Belles).


Coatrieux ouvre au monde littéraire breton tout en réunissant le sien, ses deux vies, ses deux bords. Le livre recolle ses morceaux, nous avouant: « écrire sur des écrivains n’est jamais un exercice facile ». Il écrit sur l’écriture, fusionne les sources. Tout sauf un exercice !


L’auteur rend un hommage plus ambigu, plus agressif aussi à la littérature de recherche qui nous a tant fascinés et tellement déçus. Guyotat ou, pour notre compte de Bretagne, le briochin Christian Prigent dont je crains -je m’engage- qu’on n’ait lu que l’abstraction et pas Grand-mère Quéquette qui me fait encore rire quand il remonte sur ma table de nuit ! Coatrieux fustige les sollerseries parigotes, soit, les coteries, soit, car sa cote est une falaise et ses canots, des esquifs dont Camus reste le grand Léjon, Alejo Carpentier un passant qui reviendra (scoop) et Neruda le postino d’éternité !


Comment ne pas entrer en connivence, in fine, avec l’ami Coatrieux car notre commun, à lui et à moi, et sans doute à mille autres de cette Bretagne avec ou sans S force à «revisiter les Iles (de Grenier) où tout a commencé ».


« Cher vieux », cher Coatrieux, merci pour ce dimanche midi !


Gilles Cervera
publié le 18-10-2016

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