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L'invité

Sylvie Vartan : Je suis une diaspora bulgare toujours entre deux avions

Sylvie Vartan est une icône de la chanson populaire. Une icône au look copié par toutes les jeunes filles des années soixante. Une icône qui perdure. Bretagne Actuelle l'a rencontrée entre deux avions alors qu’elle prépare son prochain Olympia. Une interview citronnée au goût de tartes meringuées. 

Jérôme Enez-Vriad : Comment envisage-t-on un énième tour de chant sans lassitude ?
Sylvie Vartan : Demanderait-on à un peintre comment il envisage son travail sans lassitude ? L’essentiel est de se réinventer en permanence. J’ai enregistré plus de mille deux-cents chansons, toutes avec la même exigence de bien faire. Le public a construit des souvenirs sur certaines d’entre elles, pas nécessairement les plus connues, et chacune est un peu la propriété de chacun sur laquelle est greffée un moment de vie. J’ai donc choisi d’ajouter ces chansons plus intimistes aux succès incontournables. Le spectacle sera divisé en deux parties. La première consacrée à la période qui va de l’innocence à l’arrivée du Rock’n’roll. La seconde, appelée Forever Sylvie, abordera les années 80 à aujourd’hui.


Pourquoi cette rupture à partir des 80’s ?
SV : En ce qui me concerne, ce sont les années de la maturité. Mais les années 80 marquent aussi un tournant social où nous avons tous compris que les Trente Glorieuses étaient finies. La fête avait sonné le glas avec l’arrivée du chômage, du terrorisme et des maladies incurables comme le sida, Alzheimer et Parkinson. Nous savions que rien ne serait plus comme avant. Dix ans plus tard, Internet révolutionnait le monde pour le meilleur et pour le pire.


Comment choisissez-vous vos chansons ?
SV : Uniquement au coup de cœur. Je ne réfléchis pas. Lorsque le public aime, il ne réfléchit pas davantage. Si elles me plaisent, elles plairont à d’autres. Chaque nouvelle chanson devient le premier rôle de ma discographie. Les préférences s’installent ensuite. Avec le temps.


Quel est le premier rôle de votre vie ? Chanteuse, femme, épouse, mère… ?
SV : Je n’ai jamais rien compartimenté. Tous ces emplois sont des premiers rôles. L’un est le produit de l’ensemble des autres et réciproquement. La femme est dans la chanteuse et la chanteuse est femme. C’est juste une question de lieux et de circonstances.


Vous dites n’être installée nulle part. Pas davantage à Paris qu’à Los Angeles.
SV : Je suis précisément là où je m’installe, comme les Bretons du monde entier - (Rires). J’absorbe l’endroit et sa culture à la manière d’un buvard. Ça paraitra étrange à ceux qui n’aiment pas voyager ou n’ont pas cette chance, mais c’est ma vie depuis que j’ai quitté la Bulgarie. Je suis une diaspora bulgare toujours entre deux avions


Précisément, que reste-t-il de bulgare en vous ?
SV : Des sentiments et une manière de les vivre. De l’amour et une façon de le montrer : je ne sais pas « aimer tiède ». Une gaité mélancolique, aussi, cette allégresse chagrine que l’on prêtre d’ordinaire aux Slaves. Je la sens de plus en plus avec l’âge.


L’âge at-il une importance ?
SV : Il nous définit, ne serait-ce qu’à travers l’expérience que l’on en tire. A un moment, arrive le temps d’une vie où il faut apprendre à se résigner, à se réinventer. Une bonne santé morale conditionne une bonne santé physique. L’acceptation de l’âge en fait partie. Le secret est de s’intéresser aux choses et aux gens. On tombe souvent malade par manque d’intérêt aux autres, par manque d’amour à donner et à recevoir. L’organisme s’étiole, s’affaiblit, se fragilise. L’amour est une nourriture salvatrice dans tous les sens du terme.


On vit aussi de plus en plus âgé, ce qui favorise le développement de maladies.
SV : Les personnes âgées qui vivent seules sont plus souvent malades que celles entourées. Il faut les aimer. Aimer nos parents. Aimer nos grands-parents. Les garder avec soi autant que cela est possible. Certes, les accompagnements sont parfois douloureux et nécessitent du temps, de l’énergie et de l’argent. Tout le monde n’a pas la chance d’être disponible et de pouvoir s’offrir les soins de professionnels à domicile, mais il ne faut jamais abandonner les siens. Voilà encore une rupture sociale propre aux années 80. Cette décennie fut la première à glorifier la jeunesse au détriment de l’âge, alors que vivre c’est vieillir, vieillir c’est mourir, et nous y serons tous confrontés.


Dans votre livre Mot à mot, vous évoquez l’Amour…
SV : Oui. L’amour pour ses enfants, pour ses parents, pour ceux qu’on aime.  Avec le temps, je peux juger de mes parents, de leur comportement, de leur amour. On peut vivre sans rire mais pas sans amour. C’est la seule manière de panser ses blessures. Même physiques. Une fois encore, vous guérissez mieux de tout si vous aimez et êtes aimé.


Vous semblez comblée, avez-vous encore des souhaits ?
SV : Dans l’instant, je mangerais bien une tarte au citron – (Rires)


C’est ma pâtisserie favorite. Nous pouvons échanger des adresses…
SV : Avec plaisir, je vais vous donner les miennes.


Los Angeles est peu loin pour les lecteurs de Bretagne Actuelle…
SV : La Bretagne est un peu loin pour moi aussi - (Rires).


Si vous aviez le dernier mot, Sylvie Vartan ?
SV : Ne pars pas.



Interview réalisée à Paris le 6 juin 2017
© Jérôme Enez-Vriad et Bretagne Actuelle


SYLVIE VARTAN à l’Olympia les 15 & 16 septembre 2017
Et à La Bourse du travail de Lyon le 23 septembre
Dernier ouvrage paru : Maman – Editions XO et J’ai Lu
A paraitre (30 août 2017) : La plus belle pour aller chanter - Editions Gründ 


Adresses échangées de tartes aux citrons
KORKAZ – 29 rue des rosiers – 75004 PARIS
SCHWARTZ’S – 16 rue des Ecouffes – 75004 PARIS


publié le 12-06-2017 - mis à jour le 13-06-2017

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