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Sur la route avec Charles Péguy

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Pierre-Yves Le Priol est un journaliste breton originaire de la région de Pontivy qui a été pendant de nombreuses années secrétaire général de la rédaction du quotidien La Croix. Membre de l’Amitié Charles Péguy, il a eu l’idée de refaire avec trois compères près d’un siècle plus tard le chemin que l’écrivain avait parcouru entre Paris et Chartres. De cette expérience insolite est sorti un ouvrage.

Prendre la route de Chartres, un beau matin, et marcher pendant trois jours pour apercevoir les flèches de la célèbre cathédrale gothique comme posée sur les blés : tel est le voyage que Pierre-Yves Le Priol a réalisé, cent ans après Charles Péguy. Trois amis l’accompagnent, dont le petit-fils de l’écrivain, Michel Péguy. Au fil des étapes, nous découvrons ce chemin buissonnier, traversant les bois de la vallée de Chevreuse, les beaux villages du Hurepoix puis la vaste plaine de Beauce. La marche va bon train, le récit aussi. Pas à pas, la pensée et les écrits de Péguy se révèlent aux quatre pèlerins : une œuvre qui aide chacun d’eux à mieux vivre. Une annexe pratique clôt ce récit vivant, sensible et plein d’humour, décrivant le Chemin Charles Péguy récemment inauguré, que randonneurs et cyclistes peuvent désormais emprunter. Une invitation à se mettre en route vers l’une des plus belles cathédrales de France, sur les traces d’un écrivain à la pensée stimulante. En route vers Chartres, Dans les pas de Charles Péguy, un récit de voyage qui vous invite à parcourir 100 kilomètres à pied, entre la maison de Charles Péguy à Palaiseau et la cathédrale de Chartres. Un périple insolite et passionnant à travers trois belles contrées de France, la vallée de Chevreuse aux portes de Paris, le Hurepoix qui est un vieux pays magnifique et enfin la plaine de la Beauce, plate mais aux cieux immenses et aux vents changeants.


Longtemps oublié, quelle est l’image de Charles Péguy au 21e siècle ?  
Le public qui ne connait pas très bien Charles Péguy l’associe au poète catholique, ce qui est en partie vrai. C’est aussi un grand essayiste, un grand penseur de la République. Du point de vue politique, il arrive de l’extrême gauche. Il a beaucoup réfléchi sur la laïcité, les rapports à l’argent, l’école, la transmission du savoir par l’école. Il y a beaucoup de choses qu’il a écrites dans ses Cahiers de la Quinzaine, il y a un siècle et qui sont d’une grande actualité aujourd’hui. L’œuvre de Charles Péguy a été un peu mise sous le boisseau. Pendant toute une partie du 20e siècle, il  a connu un purgatoire interminable et là, il est un peu en train d’en sortir. François Hollande l’a cité, il n’y a pas si longtemps à propos de l’esprit de la Résistance, Michel Onfray également et bien sûr le philosophe Alain Finkielkraut qui en a fait en quelque sorte son père spirituel.


Comment s’articule votre ouvrage ?
Ce livre est un récit de voyage. Charles Péguy a entrepris un pèlerinage vers Chartres en 1912-1913 à l’époque de sa crise de milieu de vie. Un chemin qui démarre depuis sa maison du quartier de La Lozère à Palaiseau dans la Vallée de Chevreuse au bout du RER et qui va jusqu’à Chartres. Avec mes deux compagnons de marche, nous faisons Paris-Chartres sans mettre le pied sur le macadam. Aux portes de la grande ville, il y a un magnifique sentier qui vous attend, à travers la Vallée de Chevreuse, le Hurepoix et puis la Beauce.


Existe-t-il un lien entre Charles Péguy le patriote français et la Bretagne parfois anti-jacobine ?
Péguy a eu beaucoup d’amis bretons notamment Joseph Lotte qui était l’un de ses confidents. Il a eu également une belle correspondance avec Emile Masson qui était professeur d’anglais au lycée de Pontivy que l’on a d’ailleurs souvent qualifié de « professeur de liberté ». C’était le grand maitre à penser d’Edmond Hervé, l’ancien maire de Rennes. Il était abonné des cahiers de la Quinzaine et ils ont entretenu une très longue correspondance. Péguy a publié Emile Masson qui a écrit un livre très dure sur la vie dans les lycées de province en 1905 qui évoque le broyage des esprits des élèves dans les lycées caserne de l’époque. Ils ont eu ensuite quelques désaccords lorsque Péguy est devenu anti-allemand. Péguy a prôné la guerre contre l’impérialisme allemand alors qu’Emile Masson est resté un pacifiste. Dans ce livre, j’ai essayé de dire en quoi Charles Péguy m’a aidé tout en étant breton à devenir un peu plus français. Les Bretons sont tous à des degrés divers empêtrés dans leur double appartenance. Nous parlions d’ailleurs autrefois de petite et de grande patrie. Comment articule-t-on tout cela ? Morvan Lebesque a écrit de très belles choses là-dessus. Je me sens breton, j’ai passé le bac de breton en classe de terminale, j’étais un joueur de cornemuse. Mon père était un paysan qui parlait quotidiennement la langue. Je suis vraiment enraciné dans cette terre et dans cette culture et en même temps, je suis admirateur de Péguy. Il n’y a pas plus français que lui, originaire d’Orléans, persuadé que La France a une grande ambition historique au sein du concert des Nations. Il pensait qu’elle avait aussi un rôle à jouer dans la chrétienté en tant que fille ainée de l’Eglise, mais aussi une grande vocation de liberté. Il a écrit des pages très belles sur ce que la France a à dire au monde. Comme c’est un livre un peu personnel, j’explique en quoi Péguy m’a aidé, tout en étant Breton à assumer ma qualité de journaliste français, vivant à Paris et écrivant en langue française. C’est à la fois un récit de voyage que je fais vers Chartres avec Péguy sur ce très beau sentier de randonnée et une réflexion personnelle sur l’appartenance bretonne et française.


En dehors de toute idolâtrie ou de rejet de principe quel peut être l’apport de l’œuvre de Charles Péguy dans notre société contemporaine ?
Le fait qu’il y ait eu une « levée d’écrous » selon l’expression du journaliste Jacques Julliard sur Charles Péguy, permet de redécouvrir cet écrivain sous un nouveau jour. Il a dit notamment des choses très justes sur la République, la laïcité, le rapport à l’argent, la pauvreté. Charles Péguy est un fils du peuple. Il est fils d’une rempailleuse de chaises illettrée et il va finir à Normale Sup. C’est un méritocrate de la République. Dans une époque où l’on se pose de graves questions sur ces sujets, il aborde la transmission, le rôle de l’école et de la laïcité, le devoir des pères à l’égard des cadets, le rapport à l’argent ou le rêve d’une société égalitaire. C’est vraiment un penseur de la République qui à mon avis reste plus que jamais pertinent.


Quelle serait aujourd’hui sa place sur l’échiquier politique ?
Aujourd’hui, on le trouverait peut-être aux côtés de Régis Debray ou Michel Onfray. De mon point de vue ce n’est en tout cas pas l’intellectuel de droite que l’on a voulu longtemps déconsidérer. Son image a été tout à fait cassée, perturbée et exploitée par son propre fils Marcel et qui s’est rallié au Pétainisme. Dans une espèce de captation d’héritage un peu abusif, il a voulu offrir la pensée de son père à Vichy. Au contraire, Péguy était un homme philosémite, très attaché à l’existence et à la présence des juifs sur notre sol. C’est un homme qui dans tous ses écrits refuse l’idéal pétainiste, travail, famille, patrie, tel qu’il sera encouragé plus tard. Je dirais que c’est un homme qui arrive de l’extrême gauche, qui a été déçu par la gauche et qui cherche une cohérence dans sa pensée quelque part dans un grand centre. On a voulu en faire un belliciste. Il a rompu avec Jaurès sur la politique anticléricale du petit père Combes en 1902-1903 avec la séparation de l’Eglise et de l’Etat, mais aussi sur le rapport à l’Allemagne. Jaurès était persuadé que les ouvriers allemands ne marcheraient pas contre les ouvriers français et que cette guerre serait par conséquent impossible. Or Péguy, soutenait le contraire et je pense que l’histoire lui a donné raison. Au moment où la guerre s’est déclarée, le parti socialiste allemand n’a pas hésité à prendre les armes. Ce fut le cas également du parti socialiste français, même s’il y avait dans ses rangs des pacifistes. Les deux peuples ont marché l’un contre l’autre. Je pense que dans l’approche de la guerre contre l’Allemagne, c’est Péguy qui avait raison contre Jaurès. Il meurt le 05 septembre 1914, dans les tout premiers jours de la guerre au moment où elle est la plus meurtrière. Dans l’histoire de France depuis Clovis et Bouvines, la date la plus sanglante est un certain 22 août 1914. C’est un moment de la guerre où les officiers chargent sabre au clair avec des tenues écarlates. Ils ont en face d’eux des tireurs d’élite allemands qui ont de très bons fusils et qui ne se préoccupent que de tirer sur les gradés. Il est tombé à 41 ans au tout début de la guerre, il en avait d’ailleurs le pressentiment. C’est peut-être pour cette raison que son œuvre est si dense, écrite de façon aussi brève. On peut effectivement imaginer ce que Péguy aurait fait si comme les hommes de sa génération épargnés par la guerre il avait vécu jusqu’en 1950. Il avait certainement encore de quoi produire une œuvre immense. Après avoir lu les 300 pages de mon ouvrage, je pense que l’on peut avoir une bonne vision de qui était Péguy, l’homme, sa vie, son œuvre. Libre à chacun d’aller ensuite plus loin et de se plonger dans les quatre tomes de la Pléiade…


Propos recueillis par David RAYNAL


En route vers Chartres, dans les pas de Charles Péguy
Pierre-Yves Le Priol
Préface de Michel Péguy - Avant-propos de Claire Daudin
Editions Le Passeur         
19,50 €


En savoir plus :
Site de l’office de tourisme de la ville de Chartres
http://www.chartres-tourisme.com


Consultez le site du Chemin Charles Péguy
Entre Lozère (Essonne) et Chartres (Eure-et-Loir), l’itinéraire a été parcouru par Charles Péguy en 1912 et 1913. En mémoire du célèbre marcheur et homme de lettres, l’Amitié Charles Péguy a conçu et balisé un « Chemin Charles Péguy » entre Lozère (commune de Palaiseau) et Chartres, soit 95km à parcourir en 3 à 5 jours. L’itinéraire reprend les sentiers GR® (655, 11,111…)  déjà balisés dans l’Essonne et les Yvelines.
http://www.charlespeguy.fr


publié le 29-12-2016 - mis à jour le 04-01-2017

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