Publicité
Livres

Pennac : Bartleby, zadiste sans zad

Pour naviguer plus vite et sans publicités:
Mon frère de Daniel Pennac aux éditions Gallimard - 144 pages - 15€ Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
pennac-bartleby-zadiste-sans-zad

Nous n’avions rien dit lorsque nous ne retournions plus jusque Pennac ! On aurait eu du mal à se prononcer sur cette lassitude. Le cancre nous avait attendris mais trop de cancritude tend vers l’orgueil inversé ! Pennac, lecteur, écrivain, théâtreux et dégustateur de lecture, tout Pennac nous revient avec Mon frère, le sien ! Du Pennac et du bon ! Comme on le dit des millésimes.

On aime ce livre entrelardé d’extime et d’intime. C’est-à-dire de théâtre, de lecture, et de ce creux des familles, chaudron d’enfance, le principiel d’où tout procède. Pennac avait un frère aîné, un guide, un mentor, un silencieux caustique, un amoureux du peut-être ou du presque rien. Pennac avait déjà abordé ces questions. Ici il les livre.
Pudeur pudique des douleurs. Le frère est ingénieur, c’est à dire ingénieux pour l’esquive, technique pour l’évitement. Ne pas parler de soi, jamais, sauf de Swann !
Mon frère est un grand livre du grand frère mort, erreur médicale sans rancune excessive. Il est parti, le frère, lorsqu’il le devait, son rendez-vous était pris. Pennac dit cela en creux car le frère y est moins que lui. Et lui, Daniel, moins que Bartleby.
Pennac nous conte dans une didascalie en abîme sa manière de lire le roman très connu de Melville. Et lorsqu’on dit connu, on ironise car de Melville les lecteurs connaissent Moby-Dick et les écrivains Bartleby ! Bartleby c’est ce que Beckett ferait de mieux ! Bartleby écrivant serait un Beckett qui râle avant de mourir et dont l’art littéraire tiendrait de ce râle, les yeux s’emplissant de sable.
Bartleby est une sorte de clerc de notaire, anti-héros dont Pessoa pourrait aussi tenir. On voit que la famille de Pennac est nombreuse, moins que celle de Bartleby. Ce dernier est tout le monde, donc personne ! Salarié du silence dont la seule parole, quelle parole ! est je préfère ne pas, je préfèrerais ne pas ou selon les traducteurs je préfère pas. Bartleby oppose sa taciturnité. Suicidaire bien vivant. Il vit sans bouger, comme une chair de roche, presque sans manger, comme un cerveau illuminé n’éclaire que le vide, comme un estomac refuse l’appétit.
Bartleby aurait pu être le héros des rebelles. Mais il est trop révolté car rien ne le domine que lui. Bartleby ne fabrique aucune cabane dans les ZAD bien qu’il loge gratis, sans droit, s’impose chez son notaire au point que le dit notaire devienne empathique pour son salarié et finalement fou, c’est lui qui déménage, de cet être fou. Bartleby ne l’est pas. Peut-être, soyons ici sans idéologie ni morale, est-il le plus sensé des êtres, celui dont le seul sens est de n’en pas avoir et dont le désir est là, tout entier mis à ne pas désirer. Bartleby bouscule l’ordre, dérange les codes, il est en vie, jusqu’au moment de son refus absolu. Autiste ? C’est une forme sublimée de ce mal-là. La mort du frère de Daniel Pennac lui a fait penser au personnage de Bartleby parce que Bartleby et son frère occupent Pennac. Leurs chiens ne se promènent désormais plus ensemble.
Lisons ce beau livre fraternel pour comprendre ce qui les lie, tous les trois et nous avec lorsqu’on le lit.


Gilles Cervera
publié le 05-05-2018

Livres
retour-a-l-anormal

Finir Le lambeau en pleurant n’est pas une entame de critique littéraire. C’est le cas. Le Bataclan est sous la rafale à la toute fin du livre de Philippe Lançon et Chloé...

Livres
marie-sizun-vous-n-avez-pas-vu-violette-

Marie Sizun est bien connue pour ses romans qui ont pour cadre la Bretagne. Et sur l’amour, on se souvient encore de « Plage » ! Cette fois, et sur le même sujet, Marie...

Livres
jean-pierre-nedelec-le-monde-etait-plein-de-couleurs-

Ce monde « plein de couleurs » (quel beau titre !) décrit par le douarneniste Jean-Pierre Nedelec dans son nouveau livre est celui de l’enfance. Il est aussi celui de...

Livres
l-amour-qui-prefererait-ne-pas

Ne pas commenter les nombreux commentaires auto-satisfaits de la presse littéraire. Marc Pautrel est à lire et ce n’est pas par la seule grâce d’on n’est pas couché...

Livres
gaetan-lecoq-le-rire-de-xavier-grall-

« Romancer » la vie du poète et journaliste breton Xavier Grall. Personne ne l’avait encore tenté, ni forcément imaginé. C’est désormais chose...

Livres
-l-inconnu-me-devore-de-xavier-grall-reedite

Les éditions Les Equateurs rééditent L’inconnu me dévore de Xavier Grall, avec une préface de Pierre Adrian. Le livre avait été publié pour la...

Livres
-les-passagers-du-siecle-de-viktor-lazlo

La fresque est ambitieuse : faire traverser plus d’un siècle (entre 1870 et nos jours) à une esclave noir et un juif polonais. Le tout démarrant à la fin de la traite des...

Livres
bernard-berrou-la-nuit-des-veuves-

On connaît de Bernard Berrou la veine « irlandaise » de ces merveilleux livres qu’il a consacrés à la « verte Erin ». On connaît aussi...

Livres
jacques-josse-comptoir-des-ombres-

A quoi reconnaît-on un écrivain ? Un vrai. A sa capacité à créer un monde, à sa faculté de partir de lieux singuliers et familiers pour vous parler de...

Archives >>
(n'oubliez pas de confirmer votre abonnement sur l'e-mail de confirmation)
Édito
Que valent maintenant les livres ?

Michel Ogier


Des boîtes à livres se disséminent dans les villes et les bourgades. Les amateurs de livres, pour la plupart, s'en réjouissent. Et on ne peut que saluer ceux qui en prennent l'initiative. C'est certainement une très bonne chose que de démocratiser la culture.


> Lire la suite
Cinéma en Bretagne

Ville : 

© Bretagne Actuelle | Mentions légales | Contact | Publicité