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Pascale Le Berre : « Si tu pouvais encore baisser cette caisse claire ! »

C’est à Pascale Le Berre que l’on doit les rééditions des quatre albums de Marc Seberg et de l’opus Philippe Pascale. Loin de toute nostalgie, la musicienne nous explique pourquoi et comment elle s’est attelée à cette mission.  

Pourquoi avoir ressorti les albums de Marc Seberg et votre unique album en duo avec Philippe Pascal ?
Il y trois ans, en écoutant « Quelque chose, noir » au milieu de ma bibliothèque i Tunes, je me suis aperçu qu’il y avait une sacré perte de dynamique. Tous les albums étaient sortis en vinyle, sauf celui de Philippe Pascale, uniquement en CD. Et me souviens qu’à l’époque au début des années 90, Fabrice Nataf, qui était alors le directeur artistique de Virgin, m’appelle et me dit qu’il va mettre tous les vinyles au pilon ! Si vous voulez récupérer quelque chose, c’est le moment. Je me souviens encore de la pression que ça m’a colée…  Et puis de temps, des amis prenaient en photos les pochettes d’album de Marc Seberg chez les disquaires. Voilà pour moi, ça appartenait à notre mémoire collective, jusqu’à ce que je me rende compte de ce déficit de dynamisme sur les morceaux. Faisant toujours de la musique mon métier, je savais qu’on pouvait retravailler ça et remettre en perspective les petits détails qui étaient noyés dans la masse.


Cette différence existe aussi entre les vinyles d’époque et ceux réédités cette année ?
J’entends souvent : « C’est bon, j’ai les vinyles d’origine ». Je suis ravie ! Mais l’évolution de la technique permet aujourd’hui beaucoup de chose qu’on ne pouvait pas faire dans les années 80. Déjà, il existait une différence entre ce qu’on avait en studio et ce que les gens écoutaient ensuite dans leur salon. Il y avait une perte évidente, même si on était à la pointe de la techno. Désormais, on se rapproche davantage de la qualité « studio ». Warner a envoyé des tests pressing à John Leckie, notre bien aimé et vénéré producteur de « Lumière et trahisons » et « Le bout des nerfs » et il a trouvé le travail fantastique. Pour moi, c’est une référence, car c’est quelqu’un qui continue à produire et à être en phase avec son époque et en même temps dans le courant des idées qu’on défend et qui me disait : « Pascale, si tu pouvais encore baisser cette caisse claire ! « (rire)


Vous avez travaillé toute seule au remastering des albums ?
Non, j’étais en studio avec Alex Gopher qui est ingénieur du son mastering à Translab et qui a aussi une existence en tant qu’artiste en musique électronique. Il était fan de Marc Seberg sans jamais nous connaître. Et moi, je respectais son travail sans le connaître non plus. Du coup, on a formé un binôme complémentaire. Il avait cet apport technique avec la distance nécessaire et moi je pouvais rectifier des petites choses qui m’embêtaient depuis la sortie des albums.


Vous êtes reparties des bandes ?
Oui, on est reparti des bandes ¼ de pouce originales. Ça a été un long travail avec Warner, car déjà, il a fallu les retrouver. Avoir l’angoisse de savoir si elles étaient bien stockées et si elles étaient utilisables. Sur un album, il a quand même fallu prendre la copie de sauvegarde. Toutes les bandes étaient archivées dans la section Parlophone  de Warner. Tout comme certains albums de David Bowie, ce qui est assez satisfaisant. (sourire). Et puis un jour, j’ai sonné à la porte de Warner, demandé qui était responsable du back catalogue et ensemble on a fait un super travail. Et même un peu plus puisqu’il a fallu refaire toutes les pochettes, corriger la faute d’orthographe sur Baudelaire (écrit Beaudelaire sur la version originale de « Le chant des terres », ndlr), retrouver les polices de caractères qui étaient des créations originales : ce qui nous a sauvé, c’est mon vinyle original !


Vous êtes restés en studio combien de temps ?
Une journée par album. A chaque fois, on a cherché à obtenir un son plus actuel. Les progrès technique ont donné le sentiment que le son s’était affaissé. Et puis retrouver toute une série de petits détails et cette perspective qui donne de la profondeur aux morceaux.


Le résultat vous convient ?
Bien sûr ! (rire). Peut-être que dans 20 ans, on recommencera… J’en doute (rire). Mais attention, ce n’est pas une question de mode. On ne pouvait tout simplement pas laisser les choses en l’état alors qu’aujourd’hui la technique nous permet de retrouver sur disque la qualité du son qu’on avait en studio.


Et il va exister une version CD ?
Pas pour l’instant. Mais dans chaque vinyle, il y a  un code de téléchargement pour les formats digitaux. Ce qui veut dire entre autre, que tous les anciens morceaux dans iTunes et les autres, ont été remplacés par les nouveaux titres remastérisés.


Et ce travail de studio s’entend sur les versions numériques ?
Normalement, le mp3 écrase les sons, donc… Ce qui est sûr, c’est que ces sons écrêtés où il manque des informations jouent aussi sur l’humeur des humains. Les fréquences qui sont absentes sur le mp3 influent sur notre psyché, dans le sens de la tristesse. Résultat : à force de ne plus entendre ces fréquences, quelque chose se ferme en nous.


Est-ce que ça vous adonné envie de reformer Marc Seberg ?
Non. Je pense qu’on a été au bout de notre histoire ensemble, de tout ce qu’on était capable de faire. Reformer le groupe, pourquoi faire ? Pas pour faire de la musique puisque la plus part on arrêté depuis longtemps. Et pour mois, c’est comme un accomplissement. C’est bien d’arrêter au bon moment, avant de devenir aigri. 


Les 3 autres musiciens de Marc Seberg sont intervenus dans cette réédition ?
Non… Mais il n’y avait pas matière à discuter. Warner nous a donné cette possibilité, moi, j’ai passé du beaucoup de temps et c’est un cadeau pour pas mal de gens. 


Propos recueillis par Hervé Devallan
A lire aussi l'interview de Philippe Pascal 


publié le 21-05-2017 - mis à jour le 24-05-2017

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