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L'invité

Manon Ardisson : « Truffaut, Godard et la Nouvelle Vague continuent d’influencer la manière dont on réalise les films aujourd’hui »

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De Londres où elle est installée, Manon Ardisson dirige deux sociétés de production, Ardimages UK et Cat&Bear Pictures. Son deuxième long métrage, Seule la Terre, a remporté 13 récompenses internationales, dont le Hitchcock d'or au Festival du film britannique de Dinard. Bretagne Actuelle l’a rencontré entre deux scénarios.  

Jérôme Enez-Vriad : Vous vous définissez comme « Une productrice de films qui aime surtout les comédies, les romances et les histoires LGBT »…
Manon Ardisson :
C’est une définition publiée sur Twitter. Vous savez, il est difficile d’être exhaustif en 140 caractères. Ce qui m’intéresse avant tout est ce qu’on appelle en Angleterre The character-driven stories, films dont le sujet sont les conflits psychologiques internes des personnages. J’ai étudié le Queer Cinema (cinéma gay) à l’université, et suis passionnée par les questions de représentation et de diversité.


Les gens ne connaissent pas vraiment le travail de producteur…
MA :
J’ai toujours exercé en Angleterre, c’est donc différent de ce qui existe en France où les choses sont souvent plus hiérarchisées.  Ici, un producteur est l’équivalent d’un chef de projet ou d’un entrepreneur. Il trouve un script (ou une idée à écrire par un scénariste), puis il développe le projet, le finance, le tourne et le vend. Le producteur britannique est responsable de A à Z, à la fois de la création et du business.


Quelles différences de perspectives existe-t-il entre Ardimages UK et Cat&Bear Pictures ?
MA :
Cat&Bear Pictures est une marque créée avec mon mari, Samuel de Ceccatty, pour nos projets communs, c’est à dire ceux qu’il réalise et que je produis. Ardimages UK est, quant à elle, la branche Britannique de la société de production Ardimages, et la compagnie à travers laquelle je développe mes autres projets de films et séries.


Y a-t-il une raison d’être installée à Londres pour défendre des productions françaises ?
MA :
Je suis partie à Londres faire mes études et suis tombée sous le charme de la ville. J’y ai rapidement trouvé du travail en production et suis restée.


Votre film, Seule la Terre, a remporté treize prix, dont celui du Meilleur Réalisateur à Sundance et le Hitchcock d’Or à Dinard…
MA :
J’ai passé trois ans à me battre pour qu’il existe. Je suis donc à la fois soulagée et fière de ces récompenses, autant pour ceux qui y ont participé que pour moi, mais je suis aussi consciente que le succès ou l’échec d’un film est toujours imprévisible. J’ai eu beaucoup de chance.


En quoi ce film est-il différent de Brokeback Montain dont on dit qu’il s’inspire ?
MA :
J’aime énormément Brokeback Mountain et suis très flattée de la comparaison. La principale différence relève d’une perception culturelle. Ce n’est pas un problème que le personnage principal soit homosexuel. Ce qu’il doit surmonter est avant tout sa propre inaptitude à se laisser tomber amoureux et à se sentir vulnérable face aux autres. Le sujet va plus loin que son orientation sexuelle, il est universel.


Qu’apporte un regard jeune et frais à la production cinématographique ?
MA :
J’espère développer des projets soucieux d’une perspective nuancée sur les relations humaines. Par exemple, beaucoup de films ayant attrait à homosexualité finissent en drame parce que ces histoires s’inspirent d’une époque où l’homosexualité était un « problème », ce qui n’est plus ou ne devrait plus être le cas aujourd’hui. Le propos de Seule la Terre est relatif à la difficulté d’acceptation vis-à-vis de soi-même, et J’espère favoriser l’approche d’un regard nouveau sur ce sujet.


Vos principales inspirations ?
MA :
En premier, Truffaut, bien sûr…


Pourquoi ?
MA :
Parce que Truffaut et Godard c’est la nouvelle vague, mouvement qui continue d’influencer la manière dont on conçoit, pense et réalise les films aujourd’hui, y compris hors de France. Et puis, j’ai un faible pour Truffaut. Je suis particulièrement admirative de Jules et Jim et de la série Antoine Doinel que je regardais avec mon père en vacances. Je suis aussi très sujette aux films de Working Title.


Working Title ?
MA :
Working Title est une société de production qui a notamment produis d’excellentes comédie romantique réaliste : 4 mariages et un enterrement, Billy Elliot, etc.


Existe-t-il une différence entre Netflix et un producteur indépendant comme vous ?
MA :
Netflix peut être considéré comme un studio qui développe et finance. Le producteur indépendant va chercher de l’argent auprès des financiers. Je pourrais tout à fait aller voir Netflix avec un film et leur demander d’y investir.


Pensez-vous que Netflix aurait pu produire et diffuser Seule la terre ?
MA :
oui.


L’avenir du cinéma est-il en salle ou sur Internet ?
MA :
L’un n’empêche pas l’autre. C’est la stratégie d’Amazon Studios : sortir le film en salle pour le prestige et le bouche-à-oreille, mais le rentabiliser en ligne.


Avez-vous un rêve de productrice ?
MA :
Je souhaite faire des films constructifs, qu’ils fassent rire et aimer sans tomber dans la caricature ni le pathos, qu’ils s’attachent et s’attaquent à des sujets élagués par le cinéma et donnent envie d’aller en salle.


Si vous aviez le dernier mot, Manon Ardisson ?
Merci.


Propos recueillis par Jérôme Enez-Vriad le 17 janvier 2017 © Bretagne Actuelle & JE-V


Seule la Terre
Un film de Francis Lee
Avec Josh O'Connor, Alec Secăreanu, Ian Hart et Gemma Jones


publié le 22-01-2018

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