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Jean-Claude Dreyfus : Seule la maladie et la souffrance sont graves, le reste on s’en accommode

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Jean-Claude Dreyfus est l’un des acteurs les plus populaires de sa génération. De Jean Yanne à Eric Rohmer, en passant par Boisset, Blier, Corneau, Lelouch, Mocky et tant d’autres, il a mis son talent au service des plus grands réalisateurs. Rencontre avec un acteur. Pas seulement. Avec un homme élégant, généreux et courtois, aussi. 

Jérôme Enez-Vriad : Quel est votre état d’esprit au lendemain des élections ?
Jean-Claude Dreyfus : Dix millions de fachos, ça fait beaucoup, non ? On a frôlé le pire, me semble-t-il.


Pourriez-vous interpréter un personnage éloigné de vos valeurs ?
JCD : Tout dépend du cadre. Jouer un gardien de camp nazi, non, impossible. Mais interpréter Hitler dans une farce à la Mel Brooks, pourquoi pas ?


Vous semblez avoir une préférence pour les personnages épicés, baroques…
JCD : C’est beaucoup plus jubilatoire à interpréter. Dans mon dernier film, Vive la Crise, je joue Montaigne, un clochard céleste qui « squatte » les trottoirs de l’avenue Montaigne. C’est une satire entre la fable et la comédie, un conte sur le bien-vivre ensemble et les absurdités sociales actuelles. J’aime beaucoup ce film. Donner la réplique à Jean-Marie Bigard fut un double plaisir d’acteur et humain. 


Vous avez débuté le cinéma en 1972 dans What a Flash ! de Jean-Michel Barjol. Après 45 ans de qu’arrière, plus de 130 films et 30 pièces de théâtre, de quoi avez-vous envie ?
JCD : J’aimerais retravailler avec Patrice Leconte et réunir à nouveau Caro & Jeunet. J’ai aussi un projet de feuilleton pour la télévision. Quelque chose dans l’esprit de L’homme de Picardie, mais à l’échelle européenne. Une aventure par pays et par escale.  Et puis j’aimerais tourner avec des jeunes.


Lesquels ?
JCD : J’aime bien le Canadien, comment s’appelle-t-il ? Oui, Xavier Dolan, c’est ça. Il est talentueux et mignon. (Rire) Il a aussi l’air gentil et sympathique. Et puis il n’est pas Français.


Que voulez-vous dire ?
JCD : Les Français sont souvent étriqués, plus convenus. Moins ouverts au monde, à la fantaisie et à la nouveauté.


Vous devez votre popularité à une publicité. Mieux vaut une bonne pub ou un mauvais film ?
JCD : Sans hésiter, un mauvais film.


Pourquoi ?
JCD : Parce que la publicité vous la faites pour l’argent, alors que le film c’est un investissement personnel durant plusieurs semaines ou plusieurs mois. La création du personnage que l’on interprète fait date dans votre vie, mais aussi dans celle du scénariste, du réalisateur, du producteur, des autres acteurs et de toute une équipe. La publicité c’est de la distraction bien rémunérée. Ceux qui disent autre chose se justifient de passer à la caisse. Il est pourtant si simple d’assumer.


Y a-t-il une recette au succès ?
JCD : Mon Dieu, non ! Fort heureusement d’ailleurs, sinon Delicatessen n’aurait jamais été tourné. Imaginez ! Cinq ans pour réaliser un film atypique que personne n’attendait et que tout le monde a vu. Allez comprendre le succès des Chtis et l’échec d’Une chambre en ville lors de sa sortie.


Comment vivez-vous vos propres échecs ?
JCD : Rien n’est jamais grave. L’essentiel est que les films existent. Certains ont un succès immédiat, d’autres s’inscrivent dans le temps et font fi de leur échec commercial sur la longueur. Vous savez, seule la maladie et la souffrance sont graves, le reste on s’en accommode.


Quand on pense à Jean-Claude Dreyfus, deux noms viennent spontanément à l’esprit. Jacques Tati et Marco Ferreri, avec qui vous n’avez jamais tourné malgré un univers très proche du votre.
JCD : J’ai failli tourner avec les deux. Que je vous raconte ma courte expérience avec Tati. Elle se résume à un rapide échange. J’étais jeune. Début des années 70, je suis venu le rencontrer aux studios de Joinville pour un rôle dans son dernier film, Parade. J’arrive donc, il me reçoit sans fioriture, debout au milieu des studios. Ça a duré cinq minutes. Merci. Au revoir. Basta ! Je n’ai pas eu le rôle. Ensuite, des amis m’ont demandé ce qu’il m’avait dit et si j’avais ri. Non, je n’avais pas ri, ce n’était pas drôle, aucune raison de m’y forer. Mais il fallait rire, m’a-t-on crié dessus, il fallait rire ! Tati ne faisait tourner que ceux qu’il pensait réceptif à son humour.


Et Ferreri ?
JCD : Marco Ferreri, ce fut très simple. C’était à la fin des années 80, dans ses bureaux de la rue des Tournelles, pour l’adaptation télévisée du Banquet de Platon. Il m’a reçu les pieds sur le bureau en fumant son cigare. Dès l’entrée, c’était mal engagé. Il m’a demandé si j’aimais Ferreri (lui donc). J’ai dit oui. Ma réponse ne lui a pas convenu. Qu’espérait-il ? Je n’en sais rien. Toujours est-il que je n’ai pas fait le film.


Une autre anecdote ?
JCD : Ce ne sera pas une anecdote. Plutôt un souhait. Une confession. Voyez-vous, j’aimerais beaucoup retravailler avec Lelouch…


Vous avez tourné deux fois avec lui.
JCD : Absolument. Il y a des jours… et des Lunes en 1990, et La belle histoire deux ans plus tard, dans laquelle j’interprétais le rôle d’un vigile qui surveillait Béatrice Dalle et Isabelle Nanty aux Galeries Lafayette ou au Printemps, je ne sais plus. Avec le recul, j’aurais dû être plus inventif dans la création de ce personnage. Je l’ai cantonné à ce qu’il était, un banal surveillant de grand magasin, alors qu’il méritait d’être étoffé.  J’aimerais avoir l’occasion d’offrir cette étoffe à Lelouch dans un nouveau rôle. Une inventivité nouvelle. Oui, vraiment.


Est-on frustré de ne pas avoir donné le meilleur ?
JCD : Mais j’ai donné le meilleur. Je donne toujours le meilleur. On se déçoit éventuellement de ne pas avoir satisfait le metteur en scène, mais l’expérience prête à envisager les rôles différemment avec l’âge. Ce qui nous satisfait sur l’instant s’envisage avec nuances quelques années plus tard. Aujourd’hui, je ferais de ce vigile un malandrin plus voleur que Béatrice Dalle. (Rires)


Que volerait-il ?
JCD : Je ne sais pas. Des cochons ! (Rire)


Aux galeries Lafayette ?
JCD : Pourquoi pas ? Soyons inventifs. Des vêtements Naf-Naf, par exemple. Ne limitons pas le rôle avant de le jouer.


Vous collectionnez toujours les cochons ?
JCD : Toujours. Beaucoup de gens de ne me comprennent pas. Comment peut-on s’appeler Dreyfus et vivre au milieu des porcs ?


Reconnaissez que cela peut surprendre ?
JCD : Pas davantage qu’un chrétien collectionneur d’icônes païennes. Pour faire simple, j’ai mauvais caractère, tout est parti de là. Et puis les cochons sont des animaux intelligents, vifs et affectueux. On me les offres par mètre/cube ! Regardez ma bague.


Vous êtes d’ailleurs propriétaire d’un des plus célèbres cochons du cinéma ?
JCD : Vous parlez du tableau du Père Noël est une Ordure ? Effectivement, je l’ai acheté lors d’une vente aux enchères pour une œuvre caritative. Lorsque le lot est apparu, tout le monde s’est retourné vers moi. Je me suis senti obligé de lever la main. En fin de compte, cette toile m’aura couté un bras, mais ce n’est rien à côté de son assurance annuelle !


Si vous aviez le dernier mot, Jean-Claude Dreyfus ?
JCD : Continuons à vivre en liberté, avec égalité et fraternité. 


Interview réalisée le 13 mai 2016 à Paris.
© Jérôme Enez-Vriad & Bretagne Actuelle
© Portraits : Studio Fabrice Lévêque – Paris 2017


Vive la Crise
Un film de Jean-François Davy.
Avec Jean Claude Dreyfus, Jean-Marie Bigard, Michel Aumont, Dominique Pinon, Rufus, Henri Guybet, Philippe Caroit… 


publié le 23-05-2017 - mis à jour le 29-05-2017

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