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Janine Boissard : "J’ai eu le bonheur de posséder une maison sur Bréhat"

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Janine Boissard est un cas unique dans l’édition française. Snobée par les grands médias, ses livres se vendent malgré tout à fort tirage sur son simple nom. L’auteur de L’esprit de famille enchante ses lecteurs avec une régularité suisse. Chaque mois de mars  est l’occasion d’un nouveau roman. Cette année, il s’agit d’une histoire heureuse, fraiche, sémillante et malicieuse. Pour Bretagne Actuelle, Janine Boissard parle du plaisir d’aimer.

Jérôme Enez-Vriad : Au plaisir d’aimer, c’est un joli titre. Comment vous est venue l’idée de ce roman ?
Janine Boissard : J’avais envie de parler d’amour à travers l’effronterie, quelque chose qui se rapproche d’une politesse moins ronde, plus anguleuse ; j’ai voulu montrer qu’impertinence ne rimait pas nécessairement avec trash, vulgarité et goujaterie. Au plaisir d’aimer est une insolence respectueuse. Voyez-vous, je trouve qu’aujourd’hui on parle mal des sentiments. La pornographie en accès libre sur Internet m’horrifie. J’ai voulu dire que l’amour peut et doit être joli, joyeux, tendrement libertin et source de véritables échanges à tout âge.


Comment travaillez-vous vos personnages ? Par exemple, Aymar de Fortjoie, pourquoi ce nom ?
JB : Je prends mes idées dans l’air du temps. Pour Aymar de Fortjoie, j’avais en tête le prénom d’un célèbre amant de la « belle dame de Poitiers », Diane. Comme il lui fallait un nom de famille, alors je l’ai baptisé… (Janine Boissard hésite)… Allez ! Je vous confie un de mes secrets de fabrication. J’étale une carte routière et, autour du lieu où se passe la scène, je choisis un village, un domaine, une rivière dont le nom me séduit. Aymar de Fortjoie est ainsi né. J’aime enraciner lieux et personnages, mêler la grande Histoire à la petite afin d’enrichir mon récit.   


Pourquoi Poitiers davantage qu’une ville bretonne ou alsacienne ?
JB : Potiers était idéale. C’est une ville de taille moyenne, chargée d’histoire, « bien-pensante » comme le sont tous les endroits de province qui ont fait la France, sans pour autant oublier d’être moderne et ouverte sur le monde. Tous ces éléments se sont imposés comme une évidence.  


Avez-vous déjà écrit un livre dont l’action se situe en Bretagne ?
JB : J’ai fait mieux, j’y ai vécu. La Bretagne est une région à part, véritable pays de mon cœur, elle est présente dans beaucoup de mes romans. J’avais cinq ans lorsque j’ai découvert La Baule et ma seconde patrie : la mer. Des années plus tard, j’ai eu le bonheur de posséder une maison sur Bréhat qui a fait de moi la plus insulaire des romancières parisiennes pendant très longtemps. On retrouve d’ailleurs Bréhat dans L’esprit de famille, et plusieurs scènes du feuilleton qui en a été tiré ont été tournées là-bas. Il arrive même que des lecteurs me confient s’y rendre en « pèlerinage », ce qui me comble.


Vivez-vous toujours entre Paris et la Bretagne ?
JB : Plus aujourd’hui car la famille s’est agrandie. Tout le monde se retrouve désormais à moyenne distance de Paris, en Normandie (Sourire). Mes petits enfants occupent d’ailleurs la maison plus souvent que moi. Hélas ! La mer ne descend pas assez loin pour y pratiquer la pêche à pied.


Les lecteurs aiment savoir comment les romanciers travaillent…
JB : Il s’agit d’habitudes proches d’un traintrain quotidien qui paraitra rébarbatif. D’ordinaire, je me lève à 5h00 avec le plaisir de constater être la première de ma rue. Je prends un solide petit-déjeuner relevé de confitures maison en écoutant de la musique classique pour me mettre « en émotion », puis je commence à écrire dans mon grand lit-bureau pendant environ trois heures. L’après-midi, je tape ce travail sur une machine à écrire basique et reprends le texte jusqu’à ce que « la musique » soi bonne. Il me faut environ un an pour écrire un livre à raison d’un page manuscrite par jour. Sauf à sortir le soir, j’éteins aux alentours de 21h30. Vous voyez, c’est d’une sagesse assommante !


Vous m’avez confié tenir un journal. Quand et qu’y avez-vous écrit la dernière fois ?
JB : Ce n’est pas un journal mais je note dans mon agenda les faits marquants de ma journée, assortis parfois de commentaires très personnels. Ce matin, j’ai écrit  à propos d’hier : Très belle journée de travail.


Suivez-vous l’actualité et quelle est sa part d’inspiration ?
JB : Bien sûr, je m’informe, d’autant mieux à propos du livre sur lequel je travaille en ce moment, qui paraitra l’année prochaine. Avec des petits-enfants, il est impossible de ne pas être au top ! Par ailleurs, mes histoires se passant aujourd’hui, je dois me documenter tous azimuts sur un monde en continuel renouvellement.


Pensez-vous écrire votre autobiographie un jour ?
JB : J’ai laissé beaucoup de traces autobiographiques dans certains de mes livres. Vous verrez... vous m'aimerez & Je suis la princesse du château, participent à ce que les lecteurs peuvent découvrir sur moi.  J’y évoquais mon enfance et ce qui m’avait amenée à devenir écrivain. Peut-être un jour parlerais-je de la femme… Nous verrons.


Si je vous dis qu’Au plaisir d’aimer est l’un de vos meilleurs livres depuis très longtemps, acceptez-vous le compliment ?
JB : Je suis folle de joie. Tous les créateurs cherchent à se renouveler, même (et surtout) après cinquante romans ! Le pire est de radoter par manque de souffle et de curiosité. J’ai souhaité une histoire plus légère, plus gaie, une histoire qui « pinçonne », et votre compliment rejoint ceux déjà reçus. Un tel miracle me fiche la trouille pour le prochain livre. Merci. Tiens, je vous embrasse !


Si vous aviez le dernier mot, Janine Boissard ?
JB : Dans ces temps troublés, j’aimerais dire ceci : La vie est merveilleuse et chaque jour doit être nourri du meilleur de nous-même afin d’avancer vers l’avenir. Et puis, il est plus que jamais indispensable de conserver une liberté d’esprit dans ce monde de  prêt-à-penser. 



Propos recueillis par Jérôme Enez-Vriad – Mars 2015
Copyright JE-V & Bretagne Actuelle
Photo de Janine Boissard : Astrid di Crollalanza


Au plaisir d’aimer de Janine Boissard
Editions Flammarion
314 pages – 19,90 €


publié le 19-03-2015 - mis à jour le 23-03-2015

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