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Gaëtan Lecoq : « Le rire de Xavier Grall »

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Editions La Part Commune, 260 pages, 17 euros. Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
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« Romancer » la vie du poète et journaliste breton Xavier Grall. Personne ne l’avait encore tenté, ni forcément imaginé. C’est désormais chose faite avec le roman de Gaëtan Lecoq, Breton du pays Gallo et auteur de cet étonnant livre : Le rire de Xavier Grall. 

Car  de Grall on garde volontiers l’image (transmise par les photos ou les films) d’un homme au visage plutôt sévère, voire austère. Parler du « rire » de Xavier Grall semble a priori saugrenu mais ce mot « rire » apparaît déjà, concernant le poète, dans des écrits du peintre et graveur Claude Huart, ami de Grall. Gaëtan Lecoq nous le révèle au cours de son récit.


Dans ce livre s’imbriquent plusieurs approches de l’homme de Bossulan. Nous l’abordons dans le sillage de Paul, personnage central du roman, écrivain en quête d’inspiration (et d’amour), un jour subjugué par les écrits de Grall et qui entreprend de partir à sa recherche à la fois dans le temps et l’espace.


Nous voici à Ploudiry dans la maison du grand-père quand le petit Xavier de neuf ans y passait des vacances. Nous voici, une autre fois, aux côtés de l’adolescent énamouré qui s’éprend de Françoise, la sœur de son meilleur copain de collège. Nous voici encore dans l’appartement de Sarcelles où le journaliste de « La Vie catholique » résida quelques années avec sa femme et ses filles (sa « bourgade gamine ») avant le grand départ pour la Cornouaille. Nous voici à l’hôpital, à Paris, le 16 octobre 1972, quand « le médecin de Xavier lui a ordonné une semaine d’examens médicaux pour voir comment avançait la maladie emphysémateuse ». Ce sont des tranches de vie, jamais évoquées de cette manière, que Gaëtan Lecoq restitue avec bonheur pour mieux nous faire entrer dans l’intimité du poète.


L’intérêt de ce roman – qui en fait aussi son caractère inédit – est de nous faire aborder le poète breton à travers le regard d’un personnage à peine adolescent dans ces années 1970 du revival breton (Stivell, Glenmor…). L’adolescent se cherche. Cherche sa voie. « En te cherchant, Xavier, j’ai compris que c’était moi que je cherchais. Je cherche ma réalité, ma légitimité. Tout en toi m’a toujours paru plus grand, plus impressionnant, rebelle et tellement fier ». Sur le plan amoureux, la relation entre Xavier et Françoise  se double notamment dans le roman d’une autre quête amoureuse, celle de Paul avec Ana, la libraire. Jeu de dédoublement qui donne sa saveur et son originalité au livre.


Gaëtan Lecoq n’élude dans ce roman (que l’on devine très autobiographique) aucune des facettes de l’homme Grall: le journaliste, le père, le poète, l’amant, le chrétien, l’homme marqué par le Maghreb… Mais aussi le militant de la cause bretonne. A celui-ci, le romancier, par la voix de Paul, destine quelques flèches concernant sa collaboration au journal « L’avenir de la Bretagne » d’Alain Guel. « Xavier, tu n’as pas interrogé Guel sur son engagement pendant l’Occupation ? Ses idées étaient les mêmes que celles de Mordrel, Lainé ou Fouéré. Des noms aux relents vert-de-gris et aux engagements inacceptables ». C’est la seule limite que Paul  donne à son enthousiasme pour l’oeuvre de Grall. Et quand le poète breton meurt, sous les bourrasques, dans un mois de décembre 1981, « toute la Bretagne pleure »  et la nature se met au diapason : « Dans la forêt de Huelgoat, les arbres sanglotent (…) Sur l’ossuaire du cimetière de Ploudiry, l’ankou sort de la frise de pierre ».


Mais on en revient, en définitive,  au rire. Et d’abord au rire des mouettes rieuses survolant l’assistance pour l’inauguration d’une stèle à la mémoire de Grall à la pointe de Trévignon. Nous sommes en 2021, quarante ans après la mort du poète. Rire de  l’assistance. Bonheur, surtout, de découvrir une stèle associant Xavier et Françoise.  Epilogue d’un roman écrit avec ferveur et passion pour nous parler de l’Amour sous toutes ses formes. Et dédié à Françoise Grall.


Pierre Tanguy
publié le 14-03-2018

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