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Cervera dans le creuset du frère

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Gilles Cervera, Deux frères, éditions Vagamundo, 136 pages, 13 €. Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
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Deux frères, tout est dit. Dans le genre saga familiale, Gilles Cervera resserre la focale sur un simple binôme. Il donne à ce couple déchiré, déchirant, une pureté presque métaphysique. 

Non ce n’est pas Abel et Caïn, mais nés du même lit ce sont deux êtres antagonistes, deux enfants contraires que Cervera oppose à chaque ligne de son livre sans jamais céder à la caricature, cette pensée binaire qui ridiculise ce qu’elle touche. C’est une des prouesses de ce récit mu par une belle tension tragique et délivré sur le papier comme un exutoire de n’insulter ni la nuance ni l’indébrouillable complexité du nœud familial.


Il y a le grand et le petit, c’est ainsi qu’ils sont désignés, du début à la fin. Le grand est grande gueule, le petit est taiseux. Le grand est costaud, manuel, n’arrête pas de bouger, fait du bateau, cavale, a des copains… Le petit est chétif, solitaire, aime les livres, les filles de sa classe, mais de loin… A l’âge adulte, le fossé se creuse, mais la connivence demeure, vacharde en surface, inaliénable en profondeur.


La dissemblance des frères deviendrait presque comique sous la plume de l’auteur. Mais on comprend assez vite que chez Gilles Cervera, cette fraternité bipolaire est une formidable machine à raconter une histoire familiale, une arme pour structurer le souvenir, un moyen de pousser son récit. L’on comprend surtout qu’il s’agit là d’un livre purement autobiographique, et que la symétrie des personnages est boiteuse puisque le « petit » n’est autre que l’auteur lui-même et que le « grand » est mort avant de devenir vieux. C’est en réalité un livre d’introspection, mais d’une confession pudique, distanciée, réfléchie.


Il faut ajouter que l’histoire des frères que l’on suit de l’enfance à la soixantaine ne se réduit pas à un face-à-face. C’est aussi l’histoire d’un trio puisque le personnage le plus important est peut-être la mère, d’où tout découle. Il faut ajouter pour finir la figure du grand absent : celle du père, mort dans le jeune âge des enfants, un père que l’on sent vibrer au fur et à mesure de la progression du récit. Et cet étrange destin qui fait la clôture du livre quand le grand disparaît victime de la même maladie que le père, enclos dans le même sort.


Toute cette histoire se singularise par le style. Celui du Rennais Cervera dont l’enfance fut costarmoricaine est remarquable. Tranchant, imaginatif, épuré, vif, sensible, rapide, c’est le style d’un amant des mots dont la verve sans bavardage propulse comme une évidence les petits faits, les saveurs et les rancœurs de la vie familiale. L’auteur confirme ici en cent-trente pages ciselées les qualités de son précédent récit, « L’enfant du monde », lui aussi fondé sur son histoire familiale, avec la même netteté de trait, la même émotion contenue et cette belle écriture qui fait rendre gorge aux blessures du réel.


Georges Guitton


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Samedi 2 décembre 2017, Jean-Louis Coatrieux et Gilles Cervera signent leurs ouvrages à la Librairie Encre de Bretagne à partir de 16 heures, rue Saint Melaine à Rennes


Georges Guitton
publié le 04-11-2017 - mis à jour le 28-11-2017

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