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Antoine Le Bos : « Créer le Groupe Ouest est un acte politique »

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Quel point commun entre le superbe dessin animé Adama sorti le 21 octobre 2015 et Le Fils de Saül, grand prix au dernier Festival de Cannes, qui sera sur les écrans, ce 4 novembre ? Tous deux ont en partie été écrits au Groupe Ouest. Une occasion rêvée pour s’entretenir avec Antoine Le Bos, son fondateur qui affirme avoir créé cette résidence d’auteurs (et bien plus que ça) par « utopisme politique ». Explications. 

Quelle idée vous a poussé à créer le Groupe Ouest, en 2006 ?
Antoine Le Bos
 : Je suis scénariste et j’aurais aimé avoir à ma disposition un lieu pour m’accompagner dans mes projets. Plus qu’une résidence d’auteurs, le Groupe Ouest propose des sessions de coaching quotidien et entraîne les jeunes auteurs à vendre leurs projets à des producteurs. Entre autres.


Pourquoi l’avoir créé à Brignogan-Plage, au nord du Finistère ?
Sur la bien nommée Côte des légendes ! Parce que je suis né à Landernaue et j’avais à cœur de retrouver cette région un peu oubliée de Brignogan-Plage où je passais mes vacances enfant et d’y créer un nouvel élan. A Paris, on manque sérieusement d’oxygène !


A quelle dynamique avez-vous alors songé ?
Pour moi, la création du Groupe Ouest est un acte politique. A mes yeux, la centralisation française est source de pathologies sociales, économiques, de dépression collective et de l’immobilisme actuel. Les  régions devraient être des zones d’expérimentation de nouvelles manières de faire, de penser, de fabriquer de la vie collective. Le cinéma étant une des activités les plus centralisées, je me suis dit que si j’arrivais à apporter la preuve qu’une région peut s’autonomiser en la matière, ce serait possible dans beaucoup de domaines. En plus, le cinéma français a tout gagné à être varié. Mon projet était donc utopiste. 


Un projet politique mais économique aussi ?
C’est vrai que j’avais à cœur dès le départ de compenser le déclin inévitable des patelins côtiers oubliés comme le sont Brignogan-Plage, Plounéour-Trez ou Kerlouan, où nous sommes installés, par de nouvelles des perspectives d’avenir. Et puisque l’endroit est fabuleux, inspirant, j’ai essayé de fabriquer une perspective de croissance par le biais de l’économie de l’immatériel, de l’imaginaire et de la connaissance. Après dix ans, le Groupe Ouest est la preuve qu’en zone rurale, on peut créer un lieu d’hyper-créativité pour l’imaginaire. Aujourd’hui, le cinéma en est le cœur, mais le roman, la TV, la BD, etc. y seront bientôt les bienvenus  A condition qu’avec un tel ancrage local, il ait un rayonnement international.


Depuis Plounéour-Trez, vous visez le monde ?
Oui, à juste titre, puisque des scénaristes du monde entier sont venus ici ! Laszlo Nemes, le réalisateur du Fils de Saül, est hongrois, Bernard Bellefroi (Melody) est belge, Benjamain Naishtat (History of fear) est argentin, Massoud Bakhshi (Une famille respectable) iranien… Je voudrais qu’à terme un petit breton trouve complètement naturel de pouvoir fabriquer des films avec un finlandais, un espagnol, qu’ils soient coproduits par le Maroc, le Chili à partir d’un scénario solide, plus travaillé qu’ailleurs.


Quelles sont les prochaines grandes évolutions du Groupe Ouest ? 
Il y en a plusieurs. Développer les collaborations internationales à partir de la Bretagne pour un cinéma jeune génération très travaillé à l’écriture et avec des budgets limités. Ce qui est le fondement de notre programme Less is more mis en place l’an dernier.
Renforcer une plate-forme de recherche appliquée avec la Cornouaille anglaise, via la Cross Channel Film Lab, sur des projets qui utilisent les nouvelles technologies de l’image et cela toujours dans une logique de budgets contraints.
Dynamiser le Breizh Film Fund, le premier outil de financement du cinéma issu de fonds privés (du mécénat notamment) à être créé en dehors de l’île de France.


Justement, que manque-t-il pour que les entreprises bretonnes investissent dans le Groupe Ouest ?
Pas grand chose. Le mouvement a déjà démarré, grâce au Crédit Agricole du Finistère. Nous sommes en discussion avec plusieurs et on espère que ça va bouger dans les 6 mois en mélangeant des entreprises nationales dirigés par des capitaines bretons et les entreprises locales.


Quel est votre budget annuel de fonctionnement ?
800 000 € plus la dotation d’un million d’euros du Crédit Agricole du Finistère au Breizh Film Fund.


Du coup, qui paie quoi ?
Le Groupe Ouest pour les six auteurs accueillis en sélection annuelle, puisqu’eux ne paient rien. L’Europe co-finance pour ceux qui viennent pour les sessions européennes, notamment via le Torino Film Lab. Et les organismes traditionnels de formation professionnelle pour les 80 auteurs par an qui viennent dans ce cadre-là.


Y-a-t-il une prime aux Bretons ?
Non, mais il y a une mobilisation militante. Pour postuler à la sélection annuelle, l’auteur doit prévoir qu’une part significative de son film soit tournée en Bretagne (tournage, post-prod etc…). Les Bretons, ceux qui vivent à Paris ou ailleurs, situent facilement leur histoire en Bretagne. Et on constate qu’il y a une densité d’auteurs en Bretagne plus forte que partout en France (hors Paris). Quelque 20% des projets sont déposés par des Bretons, le niveau moyen de leurs scénarios écrits est d’ailleurs de meilleure qualité. Mais on sait aussi les projets issus des régions françaises sont produits plus difficilement que ceux des petits pays européens comme la Slovénie, par exemple.  


Propos recueillis par Véronique Le Bris – cine-woman
© photo : Brigitte Bouillot


Le Groupe Ouest


publié le 03-11-2015

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