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12 jours de malheur

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12 jours, documentaire de Raymond Depardon Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
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Depardon, il est de bon ton de craindre qu’il ne soit partout, cimaises, écrans, beaux livres. C’est qu’il le mérite. Son regard agrandit le nôtre

Il regarde de face, de front pourrait-on dire.
Il est comme son nom l’indique de deux pardons, celui pour l’enfermement lié à la folie et celui pour l’enfermement lié aux délinquants. Deux sortes de prison, la souffrance et le délit. La souffrance qui enferme le fou et celle qui enferme l’assassin sont des prisons de chair. La société impose autour de ces corps du fil de fer barbelé.
Deux sortes d’affrontements toujours ratés entre notre société et ce qu’elle produit. Ce que Depardon montre quasi cliniquement depuis quarante ans.
Depuis San Clemente ou Délits flagrants. Il nous montre qu’on n’y arrive pas. On n’y arrivera pas, jamais, tant que :
(attention, prenez le temps, ce qui suit sera pire qu’une révolution puisque ni Macrenchon, Lénine ou Mao ne l’ont mis dans leur programme, et pour cause !)
UN : il faut raser les HP.
DEUX : il faut raser les prisons.
Si on commence par cette programmation radicale number one, sûr que les infirmiers psychiatriques et les psychiatres retrouveront le goût de leur métier. Dans des petites maisons, dans des lieux improbables, des petits collectifs disséminées. Voilà c’est dit. Des petits collectifs disséminés. Pas des couloirs qui puent la merde, longs comme la folie et vides comme l’ennui.
Si on commence par cette programmation radicale number two, sûr et certain que les matons, les magistrats, la police retrouveront le sens commun dans des unités dispersées, ouvertes, semi-ouvertes ou momentanément fermées, bref une taubiradicalisation du monde gigantesque. Impensable pour les politiques, impensée par le plus grand nombre de citoyens !


Depardon ne montre pas ce que je dis. Il montre ce qui est fait, c’est-à-dire des progrès de démocratisation de la psychiatrie. Minuscules progrès dont on se demande s’ils en sont. Le dialogue entre le magistrat empathique, distant ou jargonnant rate de toute façon à chaque coup puisque (ce n’est pas à l’écran) seulement 15% des enfermés sont libérés via cette procédure.
Allez voir ce film comme une obligation sociale ! Pour se regarder non pas en face dans la glace mais se donner le courage de repartir à zéro.
Si le documentaire démoralise, c’est qu’on l’était avant.
S’attaquer à leur souffrance, vraiment, et sans le marteau piqueur des médocs ou la chambre d’isolement, c’est un peu s’attaquer à notre souffrance, non ?
L’humain est si fragile du début à la fin.


Gilles Cervera
publié le 30-11-2017

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