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« L’inconnu me dévore » de Xavier Grall réédité

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Editions Les Équateurs, 142 pages, 13 euros Note : 4/5HermineHermineHermineHermine
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Les éditions Les Equateurs rééditent L’inconnu me dévore de Xavier Grall, avec une préface de Pierre Adrian. Le livre avait été publié pour la première à Quimper, en 1984, par les éditions Calligrammes.  

Ecrit par Grall  fin 1969-début 1970, il aurait pu s’intituler « Lettre à mes filles sur l’amour de Dieu ». A l’époque le manuscrit avait été refusé par différents éditeurs. Ce livre est en effet inclassable. Le poète se Bossulan s’y définit comme un « catholique solitaire, mystique et fou ». Avec cet ouvrage, il entame une longue méditation sur la mort et la vie, l’amour et la foi. Une méditation qui s’achèvera, en apothéose, dans son livre Solo.


« C’est à la mort de mon père que j’ai senti l’abîme se creuser en moi. Et il faut bien que se creusent les abîmes pour que s’y engouffrent les vives forces de vérité. L’eau ne coule jamais que là où la terre se lézarde ». Le ton est donné à la deuxième page du livre. L’inconnu me dévore est placé sous le double signe de la souffrance et de la jubilation. Souffrance de perdre des êtres chers : la mort du père (« mon sang battait à contempler ce fils de Dieu ») puis la mort du grand frère (« Je pleurais la nuit tout plein de ma pauvre pitié »). Mais dans ces deux morts, il y a le signe d’une autre vie et d’une Résurrection. « A sa façon, il avait été Moïse », écrit Grall à propos de son père. « Son dernier mot a été Lumière », nous confie-t-il en évoquant les derniers instants du frère.


Cette connaissance de la mort le renforce dans sa croyance. « L’athéisme n’est pas une faute du cœur, mais une faiblesse de l’esprit humain. A mes yeux, l’existence de Dieu est une réalité tangible ». Mais que d’épreuves pour le croyant ! Que de vallées de larmes ! Xavier Grall, nouveau Job, appelle Dieu au secours. « Du fond de mes ténèbres, ad te clamavi ». Sur le fumier de la drogue et des alcools, il essaie de « sortir du labyrinthe ». Grall échappe enfin aux ténèbres, mais rechute aussitôt. « Les alcools rouges, verts, blancs. La fête. Et je voulais que tous les hommes me fussent amis ».


Heureusement, il y a « la mer au paradis de Kerdruc ». Avec Grall, l’enfer est sur terre, le paradis aussi. C’est le deuxième versant du livre, instants sublimes de jubilation et de contemplation. Dieu est amour. Il est dans tout. A commencer par ses enfants. « Mes filles mes Divines, je vous conjure d’admirer. Tout est fabuleux pour qui sait regarder. La fraîcheur du regard est le commencement de la sainteté ».


Xavier Grall, un chrétien ? Oui, parce que le christianisme est « longue respiration », « amplitude de l’âme », « fleuve d’amour » (« il n’y a qu’un péché, c’est de ne pas aimer », il n’y a qu’un malheur, c’est de ne pas s’aimer soi-même »). Oui, un chrétien  parce que le christianisme est « la seule religion à honorer l’homme et à le servir ». Le poète prône la miséricorde, cette « grande dame silencieuse et forte, une sorte de paysanne aux manches retroussées ». Mais aujourd’hui, selon Grall, « une grande chape de tristesse est tombée sur le christianisme ». D’un côté la bigoterie et le cléricalisme, de l’autre  les « cellules » et les « quartiers ». La liturgie moderne le désole : « Je quitte, navré, le jour des sanctuaires ». Le poète regrette les envolées lyriques des pardons du Folgoët et de Rumengol et, dans un flash-back sur son austère passé, évoque ces collèges religieux où l’on mettait « Satan en tête ». Il ramasse tout cela dans une phrase percutante. « Mes filles, méfiez-vous des sacristains. A force de nous sonner les cloches, ils couvrent la forte rumeur des Evangiles ».


Revenir à l’essentiel, choisir la source. Telle est sa démarche de croyant. « Lisez la Genèse, demande-t-il à ses Divines, elle est le livre de l’établissement de notre royauté ». Xavier Grall, on le sait, réécrira la Genèse à sa façon. « A Dieu je m’abandonne. Les oiseaux de juin descendent dans le jardin ». Ce sont les dernières lignes du livre. Ainsi soit-il, frère Xavier.


Pierre Tanguy
publié le 01-02-2018

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